Montréal 1642-1942: 27 février 1942

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C’est bien en vain que j’ai cherché, dans l’édition du 28 février 1942 de La Patrie, une référence à l’événement qui clôt cette première phase des fêtes du tricentenaire. En effet, elles ne reprendront qu’à la mi-avril, donnant une petite pause à votre humble blogueur. Même le secrétaire du comité des fêtes ne semble guère avoir été inspiré par cette « Ouverture de l’exposition bibliographique » à laquelle il ne consacre que quelques lignes.

Le 27 février 1942, c’est donc la Société des Écrivains qui inaugure, à la bibliothèque municipale de Montréal, une exposition consacrées aux livres traitant de l’histoire de la ville. On y retrouve plusieurs documents historiques, dont certains signés par de Maisonneuve, Jeanne Mance et LeMoyne d’Iberville. De là à dire qu’ils « retiennent la vive attention des visiteurs » (dixit le secrétaire Héroux)… Au moins, la campagne d’Emprunts de la Victoire semble bien se passer.

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Montréal 1642-1942 à Radio VM

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Costume du tricentenaire de Montréal, Dupuy, 1939. Archives de la Ville de Montréal, VM12,S14,D6.

Pour ceux et celles que la chose pourrait intéresser, je m’entretiendrai avec Mathieu Lavigne demain le 23 février, à Radio VM, du tricentenaire de Montréal. L’entrevue sera diffusée à 12h37.

Pour ce qui est des fêtes du tricentenaire, elles se poursuivent le 27 février prochain!

Montréal 1642-1942: 20 février 1942

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La nuit du 20 février 1942, les fêtes du tricentenaire rompent, pour une nuit du moins, avec une programmation dominée par l’élément religieux pour se tourner vers des activités plus festives et qui ne déplairaient probablement pas au comité des fêtes du 375e. Effectivement, ce soir-là, il serait des milliers à se rendre sur les flancs du mont Royal, par un froid apparemment glacial, pour participer à une fête de nuit où les sports d’hiver sont à l’honneur. L’événement est organisé conjointement par la Chambre de commerce des jeunes de Montréal et le Park Toboggan and Ski Club. Le maire Raynault, qui prononce une courte allocution à cette occasion, rappelle que les « sports d’hiver créent, chez notre peuple, une mentalité plus apte à affronter les difficultés qui nous assaillent ».

La Patrie, le lendemain, offre une couverture limitée de l’événement (comme on peut le voir plus haut), mais pas des « difficultés » qui assaillent alors le Québec et, plus largement, les Alliés. En fait, l’édition du 21 février 1942 contient un très grand nombre de publicités et d’articles de propagande qui rappellent au lecteur que la guerre mondiale fait rage, que la menace est réelle et plus proche qu’on ne le pense, et que leur contribution est essentielle, qu’il s’agisse d’acheter des bons de la victoire ou de respecter les différentes mesures de rationnement en place.

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Si la première page a un petit quelque chose de triomphaliste, le reste du quotidien mise sur l’insécurité et l’incertitude comme le démontrent éloquemment cette publicité en faveur des bons de la victoire et ce court article qui soulève la possibilité d’une invasion de la province si les forces anglo-américaines devaient perdre la maîtrise des mers.

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Ces documents permettent de mieux comprendre, si cela était nécessaire, les réticences que manifestèrent plusieurs membres du comité des fêtes du tricentenaire à l’idée de poursuivre la préparation des célébrations après le déclenchement de la guerre. Si les grandes manifestations religieuses vues jusqu’ici ne jurent pas trop avec ce climat de guerre, ce n’est pas le cas de ces festivités nocturnes qui mêlent compétitions sportives de différents types, spectacles de patinage de fantaisie et feux d’artifice. Heureusement, elles se terminèrent par « une demande d’achats d’emprunts de la victoire ».

Montréal 1642-1942: 1er février 1942

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À l’occasion des célébrations du tricentenaire de Montréal, deux événements marquent cette première journée de février 1942. Chacun d’entre eux, à sa façon, revisite ce que le secrétaire Héroux appelle « l’aube mystique de la cité mariale ». D’abord, l’église Notre-Dame accueille les Amicales féminines du diocèse de Montréal. Comme ce fut le cas lors des événements précédents, les Amicales sont une de ces associations qui parrainent en quelque sorte un événement du tricentenaire. Cette fois-ci, la messe organisée en ce dimanche permet aux organisatrices et à monseigneur Paul-Émile Léger, qui donne le sermon, de revenir sur deux dates qui témoigneraient de l’inspiration divine de la fondation de Montréal: le 2 février 1630 et le 2 février 1636. Ces journées-là, la Providence aurait inspiré Jérôme Le Royer de la Dauversière, puis Jean-Jacques Olier à se lancer dans l’aventure qui allait mener à la fondation de Ville-Marie. Le sermon de Léger ne frappe pas par son originalité, reprenant le récit mystique des origines. Cela dit, on note tout de même une présence plus importante qu’à l’habitude de femmes des élites montréalaises. On ne sera probablement pas surpris de découvrir que, dans le compte rendu qu’offre de l’événement Jean-P. Héroux, elles sont dissimulées derrière le nom de leur mari (il en va ainsi de « Mme Adhémar Raynault » par exemple).

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La même journée, à l’Auditorium du Plateau, a lieu le couronnement des lauréats du concours de la Société des Écrivains canadiens. L’année précédente, les élèves de « toutes nos maisons d’enseignement » ont eu l’occasion de produire un texte sur le sujet suivant: « Le plus beau conte, le plus beau récit ou la plus belle légende inspirée de notre ville. » C’est plus de 150 textes qui auraient été soumis aux organisateurs, en provenance de plusieurs provinces canadiennes. Le jury est composée de Michelle Le Normand, Rina Lasnier, Cécile Chabot et de Victor Barbeau. Cinq grands prix sont attribués à Fabienne Julien, Marie-Paule Vallée, Claudine Thibodeau, Louise Bender et Odette Richard. On le voit, ici aussi, l’événement a un visage plus féminin. Les textes sont rassemblés dans un ouvrage intitulé Fidélité à Ville-Marie. Titre et sujet suggèrent fortement que le contenu de l’ouvrage sera pour ainsi dire assez convenu…

Contrairement à cet autre produit culturel que l’on retrouve alors dans les pages de La Patrie:

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Montréal 1642-1942: 12 janvier 1942

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Toujours à la recherche de ce qui pourrait faire comprendre aux Montréalais la grandeur de leur histoire, le Comité des Fêtes Religieuses du Troisième Centenaire présentait en première à la salle du Gésu, le 12 janvier, un film sur le Montréal historique: IMAGES DE VILLE-MARIE.

Je n’ai malheureusement pas été en mesure de trouver de trace de ce court métrage. Si l’on se fie à la description qu’en font le secrétaire du comité des fêtes Héroux et les quotidiens qui couvrent l’événement, on a affaire à une série de plans de monuments et de bâtiments historiques de Montréal, commentée par monseigneur Olivier Maurault, qui est alors recteur de l’Université de Montréal et président de la Société historique de Montréal. Ces images seraient l’occasion, encore une fois, de tirer « une vibrante leçon » du passé héroïque de Ville-Marie.

Cela dit, après le film et une série de chants interprétés par la « Petite Maîtrise de Montréal », c’est l’économiste Édouard Montpetit qui prend la parole et offre un discours qui tranche avec ceux entendus jusqu’alors sur le passé, le présent et le futur de la métropole. Faisant référence à une série de conférences publiques sur l’urbanisme organisée quelques années plus tôt à l’École polytechnique, Montpetit explique que

la ville, notre ville, nous est apparue comme quelque chose de vivant, d’humain, qui nous appartient, que nous connaissons mal, que nous ignorons presque. Nous en distinguions des traits épars, non rattachés, saisis au hasard et sitôt perdus: nulle synthèse. L’histoire même nous laissait indifférents, quoiqu’on l’ait écrite pour nous et jusque dans un certain détail. Peu de chose, très peu, de la grande ville dans notre littérature […]. Pourquoi? Parce que nous négligeons la vie qui nous entoure. Réfléchissons-nous sur la ville elle-même, sur sa situation géographique, sur la configuration et la formation de son sol? L’humanisons-nous en interrogeant les oeuvres dont elle est faite, depuis l’usine jusqu’à la maison de rapport, depuis l’outillage du port jusqu’au voies de communication qui la nourrissent?

S’en suit un constat des problèmes sociaux et environnementaux qui affligent Montréal, mais plutôt que d’appeler au retour à la terre, Montpetit esquisse un programme d’assainissement du milieu urbain que n’auraient pas reniés les tenants du mouvement « City Beautiful ».

Soixante-quinze ans plus tard, disons qu’on est dans un autre registre

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Montréal 1642-1942: 11 janvier 1942

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C’est toujours sous le signe de la croix que les fêtes du tricentenaire se poursuivent le 11 janvier 1942, à l’occasion de la fête de la Sainte-Famille. Elles quittent toutefois le centre-ville de Montréal pour se déplacer à Villeray. C’est dans l’église Notre-Dame-du-Rosaire qu’aura lieu la consécration de l’île de Montréal à la Sainte Famille.

Fait intéressant, à la prévisible assemblée de dignitaires religieux de différents horizons s’ajoutent maires et représentants des différentes municipalités de l’île: le maire-suppléant de Montréal (le maire Raynault est alors en voyage aux États-Unis), le maire W.A. Merrill de Westmount, l’échevin Maurice Duquette de Verdun, le maire E. Fortin de Pointe-aux-Trembles, le maire Edgar Leduc de Lachine, le maire-suppléant d’Outremont Owen J. Callary, le maire R. Fortin de Rivière-des-Prairies, le maire J.-E. Robillard de Sainte-Anne-de-Bellevue, le conseiller E. Laberge de Senneville et le maire A. Désy de Montréal-Nord. Ce sont donc les autorités municipales qui sont appelées, sous le regard des autorités religieuses du diocèse, à renouveler cette consécration de l’île à la Sainte-Famille faite d’abord par les fondateurs de la ville en février 1642 à l’église Notre-Dame-de-Paris.

Le sermon que propose le père jésuite Émile Bouvier à cette occasion synthétise bien l’angoisse et le désarroi que vit alors une bonne partie du clergé  face aux transformations que connaît la société québécoise durant cette période mouvementé:

Dans le domaine des convictions et des idées, on accepté avec moins d’hésitation la désertion, le vide des foyers: en économique, le progrès de l’industrie et la sécurité des finances passent avant la richesse vivante des berceaux et la sécurité des foyers; en législation, les lois d’assistance et les lois fiscales ne connaissent plus la stabilité du foyer et la beauté de la famille nombreuse. Que l’on s’en prenne si l’on veut au développement rapide la métropole, à l’influence d’un voisin imbu du culte de la matière et du rendement, à une immigration trop facile et mal choisie ou encore à la tension d’une longue crise de dix années; mais avant tout que l’on accuse la légèreté d’un grand nombre de pères et de mères de famille, la faiblesse politique dans la conduite des gommes permettant lâchement à des profiteurs sans conscience de saccager une institution aussi sainte que la famille.

Et encore:

On transforme le mariage en roman de complices qui, sous prétexte de beauté à préserver et de vie libre à vivre, trahissent misérablement les beautés du mariage chrétien. Pour y arriver plus sûrement, on attaque la fidélité conjugale par la suggestion du mariage temporaire, du mariage amical et du compagnonnage moderne. On pousse la femme à votre au dehors: les imprimés, les images, les revues, les affiches, les panneaux, le cinéma, le théâtre exercent une force d’attraction irrésistible.

Bref, cette consécration est moins une occasion de célébrer que de rappeler les familles montréalaises à l’ordre…

Montréal 1642-1942: 6 janvier 1942

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Le 6 janvier 1942, suivant d’aussi près que possible les pas de leurs héroïques devanciers, les membres de la commission du tricentenaire se rendent au pied de la Croix du mont Royal pour rendre hommage aux fondateur de la ville qui, le 6 janvier 1643, gravirent la montagne pour y poser et y bénir une croix de bois transportée là par Maisonneuve lui-même. En 1643, une messe fut célébrée à cette occasion. Modeste, le secrétaire des fêtes Héroux précise que comme « il ne convenait guère de faire montre d’héroïsme, il fut décidé qu’une bénédiction du Saint-Sacrement suffirait ».

La jeunesse continue à jouer un rôle central dans les célébration et, cette fois-ci, c’est l’Association catholique de la jeunesse canadienne-française (ACJC) qui se charge de l’organisation de l’événement.

C’est tout un cortège qui quitte le Séminaire de Philosophie, au coin de la rue des Cèdres et de la Côte-des-Neiges, cet après-midi là:

Les drapeaux de l’ACJC, de la JOC et de plusieurs clubs de raquetteurs flottaient à l’avant; quelques Peaux-Rouges « alliés » [que l’on aperçoit dans la photo ci-dessus] marchaient selon les caprices sauvages; « Maisonneuve » portait la croix, suivi de « Jeanne Mance et de « Marguerite Bourgeoys » – qui méritaient bien de figurer ici pour avoir relevé la croix en 1653 – ainsi que de « Madame de la Peltrie » et des « Français ».

Outre les figures de ce théâtre historique, on retrouve l’habituelle délégation de représentants du pouvoir civil et religieux, bien emmitouflés dans leurs manteaux. Une fois arrivés au sommet, un autel décoré du fleurdelisé et du drapeau de Sacré-Coeur les attend. Quelques centaines de spectateurs sont là pour entendre des chants religieux et nationalistes (du « O Crux, ave » au « Ô Canada »), puis les discours d’usage prononcés, cette fois-ci, par le président de l’ACJC, Paul Leblanc, et par le maire Raynault. Ce dernier, dans son allocution, tâche de marier plus ou moins habilement les différentes facettes de l’identité montréalaise auxquelles il faut rendre hommage:

[Les] fondateurs de notre ville nous avaient donné un exemple bien précieux que nous n’avons pas le droit d’oublier, lorsqu’en posant comme premier geste la plantation d’une croix, ces valeureux pionniers nous faisaient savoir de tout évidence, à ce moment-là, que notre ville, tout en aspirant légitimement à un développement industriel, commercial, devait mettre au premier plan de sa valeur sociale et de son prestige, sa foi vécue et son culte religieux.

Modernité et télécommunications obligent, au même moment, Victor Morin prend la parole sur les ondes de la radio pour rappeler aux auditeurs, lui aussi, le geste posé par de Maisonneuve et ses associés en 1643.