Géolocaliser le rêve suburbain à Montréal, 1950-1970

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Il y a de cela maintenant quelques années, Dominique Foisy-Geoffroy m’invitait à participer à un colloque sur le Québec des années 1950, organisé par la Société du patrimoine politique du Québec. Il me demandait de préparer quelque chose sur la banlieue durant cette première décennie des Trente Glorieuses. J’avais plusieurs autres projets en chantier, dont la révision finale de mon ouvrage sur les banlieues bourgeoises de Montréal, mais j’ambitionnais depuis un certain temps de jeter un oeil à cette période de massification du phénomène suburbain, qui était en quelque sorte l’antithèse des banlieues élitaires que j’avais étudiées dans Des sociétés distinctes. Je me suis donc limité, à l’époque, à examiner de plus près la publicité consacrée à la vente de résidences dans les lotissements suburbains dans la presse montréalaise francophone des années 1950. Cela a pris plus de temps que je l’aurais voulu, mais, dans les années qui ont suivi cette première communication, j’ai eu l’occasion de bonifier considérablement ce corpus et l’analyse que j’en ai faite. De plus, grâce à l’appui du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal (et plus spécifiquement de Kim Petit et de Laura Barreto, dont je ne cesserai jamais de chanter les louanges!), j’ai été en mesure de géolocaliser les données rassemblées à l’occasion de ce projet.

L’article tiré de ce projet paraîtra dans le prochain numéro de la Revue d’histoire de l’Amérique française, mais, entre-temps, il est possible de consulter une partie de mon corpus, en données ouvertes, via la plateforme SCHEMA (Système de cartographie de l’histoire de Montréal) du LHPM. Ces données permettent de voir à quel point, au-delà de la façon dont le rêve suburbain est mis en marché à l’époque, il l’est en fonction d’une certaine ségrégation linguistique de l’espace, qui reproduit et prolonge celle que l’on observe dans la ville centrale. Ces données permettent également de voir comment les inégalités économiques présentes dans la ville centrale se prolongent également en banlieue, tous les bungalows n’étant pas égaux.

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Le « Golden Square Mile », espace urbain en mutation (1945-1980)

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J’assisterai, à partir de demain, au 70e Congrès de l’Institut d’histoire de l’Amérique française, à Montréal (allez voir le programme, il est très prometteur!). J’aurai le plaisir d’y présenter une communication découlant de mon projet de recherche sur le déclin / la mutation du « Golden Square Mile » entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et les années 1980. Grâce au travail de Kim Petit et de Laura Baretto, du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal, je serai notamment en mesure de vous offrir un portrait détaillé de l’évolution d’un quadrilatère du quartier durant cette période (Sherbrooke-Burnside-McGill College-Victoria). J’en profiterai également pour participer à une émission d’Aujourd’hui l’histoire sur le sujet!

Voici le résumé de ma communication:

L’expression « Golden Square Mile » évoque l’image de ces opulentes résidences bourgeoises construites à flanc de montagne, à Montréal, à partir du deuxième tiers du 19e siècle. On a dit qu’à son apogée, ce district relativement restreint de la métropole abritait jusqu’à 70 % de la richesse du pays. Évidemment, de nos jours, une partie importante de ce quartier élitaire est disparue sous le coup des bulldozers. L’historiographie qui lui est consacrée traite surtout de son glorieux passé, ou alors des efforts de patrimonialisation qui entourent et font suite à la démolition de la maison Van Horne en 1973. Dans cette communication, je m’intéresserai à l’angle mort que représente la période qui va du déclin du quartier à sa dislocation comme espace résidentiel devant l’avancée du centre-ville de Montréal. Cette rencontre entre le nouveau et l’ancien, cette nouvelle façon d’occuper l’espace urbain s’inscrit dans un contexte plus large de renouvellement ou de rénovation urbaine. Toutefois, alors que plusieurs autres « quartiers disparus » de Montréal offrent l’exemple d’espaces populaires pris d’assaut par les urbanistes et les promoteurs, la mutation du « Square Mile » a un tout autre caractère. En ayant recours aux archives foncières et à la cartographie historique, ce sont les mécanismes et les acteurs de cette mutation que je mettrai en relief en étudiant globalement le district, puis en proposant l’examen détaillé d’un de ses quadrilatères.

“Whereas it is in the Interest of the City”: Urban Governance in Small- and Medium-size Canadian Cities (1855-1939)

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Union of Canadian Municipalities Convention Welcome the Right Honourable Lord Mayor of London, Sir Percy Vincent, Oval Room, Hotel Vancouver, Vancouver B.C. Aug. 19th 1936 (Source: archives de la Ville de Vancouver)

Je m’envole demain pour le colloque « Power, Politics, and the State in Canadian History » du Groupe d’histoire politique de la Société historique du Canada. J’aurai le plaisir d’y participer, en très bonne compagnie, à une table ronde sur le présent et l’avenir de l’histoire politique au Canada, mais également de présenter une communication intitulée « “Whereas it is in the Interest of the City”: Urban Governance in Small- and Medium-size Canadian Cities (1855-1939) » qui me permettra de faire le point sur mes recherches actuelles et à venir sur la gouvernance municipale au Québec. En voici le résumé:

The municipal political scene is unarguably the poor cousin of the “new” Canadian political history. What’s more, most of the recent research on the history of municipal governance has been aimed at the metropolises that now dominate the Canadian urban landscape. Although there are illuminating exceptions, small- and medium-size cities are too often relegated to the subfield of “regional history” and treated as pale shadows of their larger sisters. This paper aims to re-evaluate the place of these cities in Canadian political history at three levels by examining a small number of case studies from the province of Quebec between the creation of the Canadian municipal regime and the beginning of World War Two. First, by observing the actors involved in municipal governance, I’ll demonstrate that municipal councils are much more than economic development tools controlled by capitalist elites. Second, by analyzing the processes and by-laws used and adopted by local governments, I’ll demonstrate that, while their success varied, there were attempts made by different local actors to democratize and expand a municipal regime that was initially conceived with the idea of creating “cities without citizens” (Isin, 1992). Finally, I’ll explore the impact of scale in the construction and evolution of urban governance. Smaller cities are confronted to challenges similar to their larger counterparts, but the shape of these challenges and the tools available to handle them varies greatly depending on the size of the community. By the same token, the political actors that are involved in urban governance and the political culture they forge also differ from those that are observed in larger cities. These thoughts and preliminary research results will hopefully contribute to a greater interest in the history of local governance, as well as in the comparative history of smaller urban communities.

 

 

Montréal 1642-1942: 31 mai 1942 – Hommage des Néo-Canadiens à Ville-Marie

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« L’une des manifestations les plus touchantes du IIIe centenaire aura été, sans doute, l’hommage qu’ont voulu rendre aux fondateurs de Ville-Marie les Néo-Canadiens catholiques, c’est-à-dire les étrangers qui ont acquis droit de cité à Montréal depuis le début du siècle »: comment imaginer un meilleur révélateur de l’ouverture très limitée des fêtes du tricentenaire à l’altérité? Si les anglophones de Montréal et certains représentants de la communauté juive ont participé à un petit nombre d’événements du tricentenaire, cet hommage est le seul espace qui sera ouvert aux autres communautés « néo-canadiennes » de la métropole. Et, évidemment, cette ouverture se limite à ceux qui appartiennent à l’Église catholique. Ce sont donc des représentants des treize paroisses « nationales » de Montréal qui sont appelés à rendre hommage à Ville-Marie lors de cet événement organisé dans ce qui deviendra officiellement le parc Jeanne-Mance par la suite. On identifie ainsi Italiens, Syriens, Hongrois, Allemands, Lithuaniens, Polonais, Chinois, Tchécoslovaques et Ukrainiens (en spécifiant que trois de ces communautés sont plus rattachées à l’Église d’orient). Notons également, parmi ces « Néo-Canadiens », la présence de représentants de la communauté autochtone de Kahnawake (issus de la « mission iroquoise catholique de Saint-François-Xavier »), communauté qui est tout sauf « Néo-Canadienne ». Le « sous-comité des Néo-Canadiens » qui a vu à la préparation des fêtes est d’ailleurs dominé par un exécutif composé surtout de clercs canadiens-français et on a l’impression que l’événement est surtout destiné, comme l’explique le secrétaire des fêtes, à « donner du pittoresque » au tricentenaire.

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L’hommage du 31 s’ouvre donc sur une messe qui, malgré sa moindre ampleur, se déroule au même endroit que celle, beaucoup plus spectaculaire, du 17 mai précédent. Fait notable, cette messe catholique est suivie d’une messe célébrée selon le rite orthodoxe et dirigée par le curé de la paroisse syrienne de Montréal. Malgré l’exclusion explicite des non-catholiques, le sermon bilingue offert aux participants par le révérend père W. X. Bryan mise sur la solidarité multiculturelle:

Le spectacle qui s’étale devant nous ne serait possible nulle part ailleurs de nos jours. Que des représentants d’une douzaine de nations diverses, non pas quelques dignitaires choisis pour participer à une fonction officielle, mais des centaines de citoyens avec leurs familles puissent s’assembler paisiblement et prendre part en harmonie complète à une cérémonie telle que celle-ci, voilà ce qui, malheureusement, ne se voit plus en ces jours assombris par une guerre fratricide quasi-universelle.

De manière peu étonnante, Bryan explique que ce miracle est rendu possible par la foi qui les unit, foi sur laquelle a été fondée Ville-Marie. L’après-midi du 31 est consacrée à une fête populaire incluant activités sportives et musicales, et permettant de mettre en scène costumes et danses traditionnelles de plusieurs des communautés présentes. Les journaux ne manquent pas de souligner que plusieurs des communautés représentées cet après-midi-là appartiennent à des nations qui se trouvent au coeur de la conflagration de cette Seconde Guerre mondiale.

Montréal 1642-1942: 29 mai 1942

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L’histoire ou l’actualité n’ont pas retenu grand-chose de la manifestation suivante des célébrations du tricentenaire de Montréal. Ainsi, le 29 mai est l’occasion d’un concert d’orgue organisé par François Hone et mettant en vedette Joseph Bonnet. L’organiste et compositeur français agence des pièces françaises et canadiennes pour former une trame qui évoque l’épopée de Ville-Marie. L’événement aurait rassemblé plus de 1500 personnes à l’église Notre-Dame et a permis de mettre en relief les oeuvres d’un certain nombre de compositeurs canadiens qui n’ont certainement plus aujourd’hui la notoriété d’alors: Alfred Whitehead, Arthur Letondal, Benoît Poirier, Frédéric Pelletier et Amédée Tremblay. Quant à Bonnet, sa présence rappelle encore et toujours l’ombre du conflit mondial, qui pèse sur les fêtes. En effet, l’organiste français était en tournée aux États-Unis avec sa famille lorsque la France est défaite en mai 1940. Il demeure donc en Amérique du Nord, où il multiplie les concerts. Sa santé se dégrade à partir de 1943 et il s’éteint l’année suivante, dans un hôtel de Sainte-Luce-sur-Mer, où il passait ses vacances.

Autrement, dans l’actualité, les fêtes du tricentenaire sont évoquées dans le cadre de la découverte de souterrains dans le Vieux Montréal. D’autres publicités nous rappellent que, parallèlement aux concerts d’orgue, des divertissements plus « populaires » sollicitent également l’attention des Montréalais…

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Montréal 1642-1942: 24 mai 1942

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En mai dernier, après avoir relaté le « moment fort » des fêtes du tricentenaire, je dois confesser que j’ai un peu laissé de côté ce projet de revisiter l’entièreté des fêtes. Une liste de choses à faire bien remplie et une vie familiale demandante m’ont amené à prioriser d’autres dossiers avant le répit tant attendu des vacances estivales. J’hésitais à revisiter la question jusqu’à ce que je sois appelé à y revenir dans le cadre de l’école d’été du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal ce lundi. Les débuts d’année académique étant propices aux bonnes intentions, j’ai décidé de m’y lancer de nouveau…

Nous revoilà donc dans une métropole sur laquelle pèse le nuage sombre de la guerre et où le comité religieux des fêtes tâche, envers et contre tous, de célébrer le tricentenaire de la fondation de Ville-Marie (et pourquoi pas relire mon introduction au projet?).

Le 24 mai, et comme ils le feront encore souvent, les organisateurs des fêtes se contentent en quelque sorte d’apposer le sceau du tricentenaire à un autre événement du calendrier nationaliste canadien-français. Il s’agit, on l’aura peut-être deviné, de la fête de Dollard des Ormeaux. La légende de Dollard, qu’a bien décrypté Patrice Groulx dans sa monographie sur le sujet, sert bien les ambitions du comité religieux des fêtes. Le valeureux guerrier et ses compagnons se seraient sacrifiés pour la salut de Ville-Marie suite à une messe où ils auraient fait le serment de protéger la cité à tout prix.

Cette fois-ci, le comité s’appuie sur l’ACJC et comme l’explique le secrétaire des fêtes:

L’année du IIIe Centenaire de Ville-Marie était toute indiquée pour donner encore plus d’ampleur à cette manifestation annuelle. Une aide substantielle de la Commission du IIIe Centenaire permit, en effet, à l’ACJC d’obtenir un succès sans précédent.

À une « Veillée d’armes » le 23 succède donc une messe pontificale et un traditionnel défilé où les onze corps de cadet de la ville sont en vedette. S’y ajoutent deux fanfares, des corps de scouts et de guides, « d’Évangélines » et de « Filles de Maisonneuve », et les habituels dignitaires laïcs et religieux. La foule compterait une dizaine de milliers de personnes et le défilé aboutit au monument de Dollard des Ormeaux devant lequel on dépose de nombreuses gerbes de fleurs.

Bonne fin de semaine!

« Humaniser » la ville (Histoire urbaine no. 48 (avril 2017)

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Un bref article, en ce début de saison estivale, pour vous signaler la parution du numéro 48 de la revue française Histoire urbaine. J’y co-dirige, avec Olivier Chatelan (Université Jean Moulin – Lyon 3), un dossier sur le thème «  »Humaniser » la ville ».

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Voici d’ailleurs un bref extrait de l’introduction:

« Humaniser » la ville : qu’est-ce à dire ? Bâtir ou aménager une ville « humaine », « plus humaine » ou « à taille humaine » constituent des ambitions revendiquées par nombre de politiques publiques d’aménagement urbain depuis quelques années. À l’échelle mondiale, l’Unesco fait de l’« humanisation » des villes contemporaines un enjeu fondamental autour de trois composantes : le droit à la ville, l’établissement de « formes participatives de gouvernance » et le développement d’une « solidarité active » [1]. Le projet est donc à situer au-delà du seul cadre de l’urbanisme comme discipline : il engagerait la cité autant que la ville, le « vivre ensemble » autant qu’un art de bâtir. Cette dimension politique a pu servir de caution morale ou idéologique, variable selon les lieux et les périodes. La justification d’une rénovation urbaine ne s’appuie-t-elle pas parfois sur la dénonciation d’un quartier ou d’un îlot « déshumanisé » ? En Amérique du Nord, par exemple, cet argumentaire aura été déployé non seulement pour justifier la destruction de quartiers populaires considérés comme irrécupérables dans les années 1960, mais également pour appuyer la démolition, dans les années 1990 et 2000, de certains grands ensembles résidentiels qui avaient été construits pour les remplacer, comme le complexe Cabrini-Green à Chicago [2]. L’idée d’« humaniser » la ville se profile également derrière les différentes déclinaisons du processus de suburbanisation, et tout particulièrement les projets associés plus récemment au « New Urbanism », comme la communauté planifiée de Seaside en Floride [3]. En interrogeant le caractère d’évidence d’une notion socialement construite, l’historicisation de cette expression dans le champ de l’histoire urbaine contemporaine n’est donc pas une entreprise inutile.

[1] UNESCO, « Déclaration d’Istanbul sur les établissements humains », Rapport de la Conférence des Nations Unies sur les établissements humaines (Habitat II), juin 1996.
[2] Brian J. Miller, « The Struggle Over Redevelopment at Cabrini-Green, 1989-2004 », Journal of Urban History, 34,6 (septembre 2008), p. 944-960.
[3] Emily Talen, « Affordability in New Urbanist Development : Principle, Practice, and Strategy », Journal of Urban Affairs, 32, 4 (octobre 2010), p. 489-510.