Vendre la banlieue aux Montréalais, 1950–1970

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« L’idéal pour la famille! » : les maisons de Duvernay Gardens et les rôles attribués aux différents membres de la famille nucléaire (La Presse, 6 juin 1959, p. 21).

Dans l’introduction de son recueil d’essais Recours aux sources, l’historien Éric Bédard revient sur l’importance accordée, dans la mémoire populaire, à l’année 1960 comme date d’entrée du Québec dans la modernité. Il explique que, pour « de jeunes parents du milieu ouvrier qui achetaient leur premier bungalow alors que, dans les années 1930, ils avaient grandi dans les taudis de Saint-Henri, le Québec des années 1950 était rempli de promesses ». Dans un texte publié en 2014, l’historien Michel Lessard va dans le même sens lorsqu’il décrit avec nostalgie les après-midi passés par ses parents et lui, en 1949-1950, à visiter des maisons modèles à la recherche de la demeure qui leur permettra d’échapper à leur étroit logement du temps de la guerre. Il ajoute que cette maison de rêve, « [journaux] et magazines en faisaient largement une promotion attrayante ». C’est pour mieux comprendre comment se structure cet idéal suburbain dans le contexte québécois, et plus spécifiquement montréalais, que je me suis penché sur quelques milliers de publicités publiées dans les grands quotidiens de la métropole dans les années 1950-1960, un projet dont rend compte un article qui vient de paraître dans la Revue d’histoire de l’Amérique française.

En gros, qu’est-ce que j’ai été en mesure d’observer? D’abord, qu’on a affaire à un environnement publicitaire qui, de manière générale, embrasse largement l’univers suburbain, et l’utilise de plus en plus fréquemment comme décor pour vendre des articles allant des accessoires de patio aux pneus de type « Suburbanite » de Goodyear. D’une certaine manière, les publicitaires transmettent l’idée que le mode de vie suburbain est celui auquel devraient aspirer les lecteurs des journaux de l’époque.

D’ailleurs, lorsqu’on survole plus spécifiquement les publicités destinées à vendre des maisons unifamiliales neuves durant les années 1950 et 1960, on constate qu’il existe une publicité type dont les caractéristiques varient assez peu durant ces deux décennies. On y retrouve une illustration représentant le ou les modèles de maison proposés, le nom du développement et les indications pour s’y rendre (parfois accompagnées d’une carte rudimentaire), les coordonnées du promoteur, une liste de caractéristiques de la maison et, surtout, son prix. Au-delà des différentes stratégies employées dans ces publicités pour vendre des bungalows, et dont je traite plus en détails dans l’article, retenons surtout l’accent qui est mis sur l’importance de la transaction sur le plan strictement économique par les publicitaires, qui font fréquemment des pieds et des mains pour assurer les acheteurs que leur offre ne comprend pas de « frais cachés ».

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« Moyennant $995 comptant seulement, DEVENEZ PROPRIÉTAIRE » : un exemple de publicité type (La Patrie,16 avril 1955, p. 58).

Heureusement pour l’historien que je suis, s’il y a une publicité type assez stable, l’analyse permet quand même de faire ressortir quelques évolutions significatives qui témoignent de stratégies publicitaires qui se raffinent et d’une suburbanisation qui s’accélère et s’intensifie. Ainsi, plusieurs des publicités recensées dans les années 1950 permettent d’observer une grande retenue dans le déploiement de la société de consommation au Québec. Aux cotés de publicités pour des voitures dont on vante la très faible consommation d’essence, on retrouve des maisons modèles d’une grande sobriété, des plans qui indiquent comment se rendre sur place en autobus et différents slogans qui vantent le luxe à petit prix. C’est seulement dans les années 1960 que cette modestie relative commence à coexister, dans les pages des journaux, avec des projets domiciliaires plus luxueux et mis en marché pour des ménages qui rêvent d’ascension sociale.

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« Ville d’Anjou… où l’urbanisme protège votre placement » : une des publicités produites par la municipalité de Ville d’Anjou dans le cadre de sa campagne de 1959 (La Presse, 14 mars 1959, p. 13).

Autre évolution intéressante de ces publicités: la transition qui se fait, au cours de la période, d’un discours centré sur la maison et ses caractéristiques techniques à une rhétorique qui met de plus en plus l’accent sur l’environnement dans lequel s’insère cette résidence. Cet environnement est d’abord surtout matériel – infrastructures et institutions -, mais il devient peu à peu, dans un petit nombre de cas, explicitement social et culturel. En d’autres mots, on ne vend plus uniquement un bungalow, mais un milieu de vie et des voisins « appropriés ». Cela dit, ce discours sur le milieu et la communauté est étonnant peu loquace sur l’institution qui devrait être au coeur du rêve suburbain: la famille. Épouses et enfants, dans les discours publicitaires de l’époque, apparaissent dans des publicités liées à différents bien de consommation associés à l’univers suburbain, mais presque jamais dans celles relatives à l’achat d’une maison. Ce qui suggère que ce discours s’adresse d’abord et avant tout au « père de famille ».

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Saisie d’écran témoignant de la géolocalisation des données rassemblées. Elles sont accessibles dans leur entièreté à l’adresse suivante: http://schema.uqam.ca/application/banlieues

Dernier élément sur lequel je m’arrête dans ce résumé: la question linguistique. Mon dépouillement s’est fait dans la presse francophone et anglophone de Montréal. J’étais très curieux de voir quelles différences feraient ressortir l’analyse. La comparaison des publicités destinées aux « deux solitudes » linguistiques de Montréal permet de constater, au fil de la période étudiée, une convergence claire, incluant des publicités reprises de manière presque identiques dans les deux langues. Cela dit, la géolocalisation des publicités selon la localisation des développements dont elles font la promotion permet de faire ressortir certaines concentrations assez claires. Pour le dire autrement, si les promoteurs s’adressent aux Montréalais francophones et anglophones en ayant recours aux mêmes arguments, ils réalisent clairement que ces deux groupes vivent ce même rêve suburbain selon des géographies distinctes.

De manière globale, mon étude permet de saisir une facette spécifique de l’entrée de la société montréalaise dans la modernité nord-américaine d’après-guerre, et de constater que si cette adhésion à l’idéal suburbain est indéniable, elle semble clairement plus tardive et plus modeste que dans d’autres régions du continent. Pour la version complète de ma démonstration, je vous invite évidemment à aller lire l’article dont ce petit résumé est tiré!

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Géolocaliser le rêve suburbain à Montréal, 1950-1970

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Il y a de cela maintenant quelques années, Dominique Foisy-Geoffroy m’invitait à participer à un colloque sur le Québec des années 1950, organisé par la Société du patrimoine politique du Québec. Il me demandait de préparer quelque chose sur la banlieue durant cette première décennie des Trente Glorieuses. J’avais plusieurs autres projets en chantier, dont la révision finale de mon ouvrage sur les banlieues bourgeoises de Montréal, mais j’ambitionnais depuis un certain temps de jeter un oeil à cette période de massification du phénomène suburbain, qui était en quelque sorte l’antithèse des banlieues élitaires que j’avais étudiées dans Des sociétés distinctes. Je me suis donc limité, à l’époque, à examiner de plus près la publicité consacrée à la vente de résidences dans les lotissements suburbains dans la presse montréalaise francophone des années 1950. Cela a pris plus de temps que je l’aurais voulu, mais, dans les années qui ont suivi cette première communication, j’ai eu l’occasion de bonifier considérablement ce corpus et l’analyse que j’en ai faite. De plus, grâce à l’appui du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal (et plus spécifiquement de Kim Petit et de Laura Barreto, dont je ne cesserai jamais de chanter les louanges!), j’ai été en mesure de géolocaliser les données rassemblées à l’occasion de ce projet.

L’article tiré de ce projet paraîtra dans le prochain numéro de la Revue d’histoire de l’Amérique française, mais, entre-temps, il est possible de consulter une partie de mon corpus, en données ouvertes, via la plateforme SCHEMA (Système de cartographie de l’histoire de Montréal) du LHPM. Ces données permettent de voir à quel point, au-delà de la façon dont le rêve suburbain est mis en marché à l’époque, il l’est en fonction d’une certaine ségrégation linguistique de l’espace, qui reproduit et prolonge celle que l’on observe dans la ville centrale. Ces données permettent également de voir comment les inégalités économiques présentes dans la ville centrale se prolongent également en banlieue, tous les bungalows n’étant pas égaux.

Le « Golden Square Mile », espace urbain en mutation (1945-1980)

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J’assisterai, à partir de demain, au 70e Congrès de l’Institut d’histoire de l’Amérique française, à Montréal (allez voir le programme, il est très prometteur!). J’aurai le plaisir d’y présenter une communication découlant de mon projet de recherche sur le déclin / la mutation du « Golden Square Mile » entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et les années 1980. Grâce au travail de Kim Petit et de Laura Baretto, du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal, je serai notamment en mesure de vous offrir un portrait détaillé de l’évolution d’un quadrilatère du quartier durant cette période (Sherbrooke-Burnside-McGill College-Victoria). J’en profiterai également pour participer à une émission d’Aujourd’hui l’histoire sur le sujet!

Voici le résumé de ma communication:

L’expression « Golden Square Mile » évoque l’image de ces opulentes résidences bourgeoises construites à flanc de montagne, à Montréal, à partir du deuxième tiers du 19e siècle. On a dit qu’à son apogée, ce district relativement restreint de la métropole abritait jusqu’à 70 % de la richesse du pays. Évidemment, de nos jours, une partie importante de ce quartier élitaire est disparue sous le coup des bulldozers. L’historiographie qui lui est consacrée traite surtout de son glorieux passé, ou alors des efforts de patrimonialisation qui entourent et font suite à la démolition de la maison Van Horne en 1973. Dans cette communication, je m’intéresserai à l’angle mort que représente la période qui va du déclin du quartier à sa dislocation comme espace résidentiel devant l’avancée du centre-ville de Montréal. Cette rencontre entre le nouveau et l’ancien, cette nouvelle façon d’occuper l’espace urbain s’inscrit dans un contexte plus large de renouvellement ou de rénovation urbaine. Toutefois, alors que plusieurs autres « quartiers disparus » de Montréal offrent l’exemple d’espaces populaires pris d’assaut par les urbanistes et les promoteurs, la mutation du « Square Mile » a un tout autre caractère. En ayant recours aux archives foncières et à la cartographie historique, ce sont les mécanismes et les acteurs de cette mutation que je mettrai en relief en étudiant globalement le district, puis en proposant l’examen détaillé d’un de ses quadrilatères.

“Whereas it is in the Interest of the City”: Urban Governance in Small- and Medium-size Canadian Cities (1855-1939)

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Union of Canadian Municipalities Convention Welcome the Right Honourable Lord Mayor of London, Sir Percy Vincent, Oval Room, Hotel Vancouver, Vancouver B.C. Aug. 19th 1936 (Source: archives de la Ville de Vancouver)

Je m’envole demain pour le colloque « Power, Politics, and the State in Canadian History » du Groupe d’histoire politique de la Société historique du Canada. J’aurai le plaisir d’y participer, en très bonne compagnie, à une table ronde sur le présent et l’avenir de l’histoire politique au Canada, mais également de présenter une communication intitulée « “Whereas it is in the Interest of the City”: Urban Governance in Small- and Medium-size Canadian Cities (1855-1939) » qui me permettra de faire le point sur mes recherches actuelles et à venir sur la gouvernance municipale au Québec. En voici le résumé:

The municipal political scene is unarguably the poor cousin of the “new” Canadian political history. What’s more, most of the recent research on the history of municipal governance has been aimed at the metropolises that now dominate the Canadian urban landscape. Although there are illuminating exceptions, small- and medium-size cities are too often relegated to the subfield of “regional history” and treated as pale shadows of their larger sisters. This paper aims to re-evaluate the place of these cities in Canadian political history at three levels by examining a small number of case studies from the province of Quebec between the creation of the Canadian municipal regime and the beginning of World War Two. First, by observing the actors involved in municipal governance, I’ll demonstrate that municipal councils are much more than economic development tools controlled by capitalist elites. Second, by analyzing the processes and by-laws used and adopted by local governments, I’ll demonstrate that, while their success varied, there were attempts made by different local actors to democratize and expand a municipal regime that was initially conceived with the idea of creating “cities without citizens” (Isin, 1992). Finally, I’ll explore the impact of scale in the construction and evolution of urban governance. Smaller cities are confronted to challenges similar to their larger counterparts, but the shape of these challenges and the tools available to handle them varies greatly depending on the size of the community. By the same token, the political actors that are involved in urban governance and the political culture they forge also differ from those that are observed in larger cities. These thoughts and preliminary research results will hopefully contribute to a greater interest in the history of local governance, as well as in the comparative history of smaller urban communities.

 

 

Montréal 1642-1942: 31 mai 1942 – Hommage des Néo-Canadiens à Ville-Marie

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« L’une des manifestations les plus touchantes du IIIe centenaire aura été, sans doute, l’hommage qu’ont voulu rendre aux fondateurs de Ville-Marie les Néo-Canadiens catholiques, c’est-à-dire les étrangers qui ont acquis droit de cité à Montréal depuis le début du siècle »: comment imaginer un meilleur révélateur de l’ouverture très limitée des fêtes du tricentenaire à l’altérité? Si les anglophones de Montréal et certains représentants de la communauté juive ont participé à un petit nombre d’événements du tricentenaire, cet hommage est le seul espace qui sera ouvert aux autres communautés « néo-canadiennes » de la métropole. Et, évidemment, cette ouverture se limite à ceux qui appartiennent à l’Église catholique. Ce sont donc des représentants des treize paroisses « nationales » de Montréal qui sont appelés à rendre hommage à Ville-Marie lors de cet événement organisé dans ce qui deviendra officiellement le parc Jeanne-Mance par la suite. On identifie ainsi Italiens, Syriens, Hongrois, Allemands, Lithuaniens, Polonais, Chinois, Tchécoslovaques et Ukrainiens (en spécifiant que trois de ces communautés sont plus rattachées à l’Église d’orient). Notons également, parmi ces « Néo-Canadiens », la présence de représentants de la communauté autochtone de Kahnawake (issus de la « mission iroquoise catholique de Saint-François-Xavier »), communauté qui est tout sauf « Néo-Canadienne ». Le « sous-comité des Néo-Canadiens » qui a vu à la préparation des fêtes est d’ailleurs dominé par un exécutif composé surtout de clercs canadiens-français et on a l’impression que l’événement est surtout destiné, comme l’explique le secrétaire des fêtes, à « donner du pittoresque » au tricentenaire.

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L’hommage du 31 s’ouvre donc sur une messe qui, malgré sa moindre ampleur, se déroule au même endroit que celle, beaucoup plus spectaculaire, du 17 mai précédent. Fait notable, cette messe catholique est suivie d’une messe célébrée selon le rite orthodoxe et dirigée par le curé de la paroisse syrienne de Montréal. Malgré l’exclusion explicite des non-catholiques, le sermon bilingue offert aux participants par le révérend père W. X. Bryan mise sur la solidarité multiculturelle:

Le spectacle qui s’étale devant nous ne serait possible nulle part ailleurs de nos jours. Que des représentants d’une douzaine de nations diverses, non pas quelques dignitaires choisis pour participer à une fonction officielle, mais des centaines de citoyens avec leurs familles puissent s’assembler paisiblement et prendre part en harmonie complète à une cérémonie telle que celle-ci, voilà ce qui, malheureusement, ne se voit plus en ces jours assombris par une guerre fratricide quasi-universelle.

De manière peu étonnante, Bryan explique que ce miracle est rendu possible par la foi qui les unit, foi sur laquelle a été fondée Ville-Marie. L’après-midi du 31 est consacrée à une fête populaire incluant activités sportives et musicales, et permettant de mettre en scène costumes et danses traditionnelles de plusieurs des communautés présentes. Les journaux ne manquent pas de souligner que plusieurs des communautés représentées cet après-midi-là appartiennent à des nations qui se trouvent au coeur de la conflagration de cette Seconde Guerre mondiale.

Montréal 1642-1942: 29 mai 1942

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L’histoire ou l’actualité n’ont pas retenu grand-chose de la manifestation suivante des célébrations du tricentenaire de Montréal. Ainsi, le 29 mai est l’occasion d’un concert d’orgue organisé par François Hone et mettant en vedette Joseph Bonnet. L’organiste et compositeur français agence des pièces françaises et canadiennes pour former une trame qui évoque l’épopée de Ville-Marie. L’événement aurait rassemblé plus de 1500 personnes à l’église Notre-Dame et a permis de mettre en relief les oeuvres d’un certain nombre de compositeurs canadiens qui n’ont certainement plus aujourd’hui la notoriété d’alors: Alfred Whitehead, Arthur Letondal, Benoît Poirier, Frédéric Pelletier et Amédée Tremblay. Quant à Bonnet, sa présence rappelle encore et toujours l’ombre du conflit mondial, qui pèse sur les fêtes. En effet, l’organiste français était en tournée aux États-Unis avec sa famille lorsque la France est défaite en mai 1940. Il demeure donc en Amérique du Nord, où il multiplie les concerts. Sa santé se dégrade à partir de 1943 et il s’éteint l’année suivante, dans un hôtel de Sainte-Luce-sur-Mer, où il passait ses vacances.

Autrement, dans l’actualité, les fêtes du tricentenaire sont évoquées dans le cadre de la découverte de souterrains dans le Vieux Montréal. D’autres publicités nous rappellent que, parallèlement aux concerts d’orgue, des divertissements plus « populaires » sollicitent également l’attention des Montréalais…

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Montréal 1642-1942: 24 mai 1942

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En mai dernier, après avoir relaté le « moment fort » des fêtes du tricentenaire, je dois confesser que j’ai un peu laissé de côté ce projet de revisiter l’entièreté des fêtes. Une liste de choses à faire bien remplie et une vie familiale demandante m’ont amené à prioriser d’autres dossiers avant le répit tant attendu des vacances estivales. J’hésitais à revisiter la question jusqu’à ce que je sois appelé à y revenir dans le cadre de l’école d’été du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal ce lundi. Les débuts d’année académique étant propices aux bonnes intentions, j’ai décidé de m’y lancer de nouveau…

Nous revoilà donc dans une métropole sur laquelle pèse le nuage sombre de la guerre et où le comité religieux des fêtes tâche, envers et contre tous, de célébrer le tricentenaire de la fondation de Ville-Marie (et pourquoi pas relire mon introduction au projet?).

Le 24 mai, et comme ils le feront encore souvent, les organisateurs des fêtes se contentent en quelque sorte d’apposer le sceau du tricentenaire à un autre événement du calendrier nationaliste canadien-français. Il s’agit, on l’aura peut-être deviné, de la fête de Dollard des Ormeaux. La légende de Dollard, qu’a bien décrypté Patrice Groulx dans sa monographie sur le sujet, sert bien les ambitions du comité religieux des fêtes. Le valeureux guerrier et ses compagnons se seraient sacrifiés pour la salut de Ville-Marie suite à une messe où ils auraient fait le serment de protéger la cité à tout prix.

Cette fois-ci, le comité s’appuie sur l’ACJC et comme l’explique le secrétaire des fêtes:

L’année du IIIe Centenaire de Ville-Marie était toute indiquée pour donner encore plus d’ampleur à cette manifestation annuelle. Une aide substantielle de la Commission du IIIe Centenaire permit, en effet, à l’ACJC d’obtenir un succès sans précédent.

À une « Veillée d’armes » le 23 succède donc une messe pontificale et un traditionnel défilé où les onze corps de cadet de la ville sont en vedette. S’y ajoutent deux fanfares, des corps de scouts et de guides, « d’Évangélines » et de « Filles de Maisonneuve », et les habituels dignitaires laïcs et religieux. La foule compterait une dizaine de milliers de personnes et le défilé aboutit au monument de Dollard des Ormeaux devant lequel on dépose de nombreuses gerbes de fleurs.

Bonne fin de semaine!