L’engagement d’un révolutionnaire québécois : le processus de radicalisation dans la pensée politique de Pierre Vallières (1955-1971)

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Pierre Vallières (à gauche) en 1970

Je suis très heureux d’annoncer le dépôt final du mémoire de Michael Bergeron, qui a travaillé, sous ma supervision, sur l’évolution de la pensée de l’intellectuel québécois Pierre Vallières. Intitulé « L’engagement d’un révolutionnaire québécois : le processus de radicalisation dans la pensée politique de Pierre Vallières (1955-1971) », son mémoire se distingue notamment par le fait qu’il intègre à l’analyse une grande quantité d’écrits de Vallières antérieurs à l’essai Nègres blancs d’Amérique. Michael est également un des co-organisateurs de la journée d’étude « Nouvelles perspectives en histoire politique : la politique au Québec à travers ses acteurs, ses espaces et ses institutions (19et 20siècles) » qui s’est tenue en 2016 et qui a donné lieu à un dossier dans le Bulletin d’histoire politique.

Voici le résumé du mémoire:

L’étude des idées politiques chez Pierre Vallières reste jusqu’à maintenant circonscrite majoritairement aux pourtours de l’essai Nègres blancs d’Amérique. Bien que majeur dans la compréhension du parcours idéologique de l’auteur, nous avons cru nécessaire d’élargir le spectre d’analyse en amont et en aval de l’écriture de cet essai. C’est dans cette optique que nous nous sommes intéressés à la genèse de ses idées et au processus de radicalisation qui s’opère chez lui entre 1955 et 1971. En nous appuyant sur l’ensemble de ses textes produits durant l’intervalle, nous avons tenté de comprendre tant les motivations que les influences locales et internationales qui ont pu jouer un rôle prépondérant dans le processus de radicalisation de ses idées. Ainsi, nous avons été à même de constater qu’une multitude de facteurs contextuels comme l’avènement de la Révolution tranquille, les décolonisations internationales et les différentes luttes émancipatrices en cours mondialement, comme celles des noirs aux États-Unis, auront indéniablement inspiré Pierre Vallières dans sa réflexion. D’autres aspects comme le réseau de sociabilité et la littérature existentialiste, marxiste et décolonisatrice de l’époque jouent également un rôle fondamental dans le développement idéologique de Pierre Vallières. Notre étude se divise en trois périodes d’analyse distinctes. La première, de 1955 à 1964, analyse le passage du personnalisme chrétien au socialisme décolonisateur, ainsi que l’affirmation de l’engagement dans l’action chez le jeune intellectuel. La deuxième, de 1964 à 1966, aborde la transition vers le terrorisme et l’adhésion de Vallières au Front de libération du Québec (FLQ). Enfin, la troisième période se veut l’étude de la période d’incarcération du révolutionnaire, entre 1966 et 1971, qui le mène lentement vers le rejet du terrorisme et de la lutte armée pour s’aligner derrière le Parti Québécois et la voie démocratique.

 

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Réflexions en vue d’une étude de la culture politique municipale au Québec (1855-1939)

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En 2014, Amélie Bourbeau et moi amorcions nos recherches dans le cadre du projet CRSH « Une gouvernance municipale en construction dans un Québec en mutation (1855-1939) ». Peu de temps après, j’ai eu le plaisir de présenter certains éléments de notre cadre d’analyse dans le contexte du colloque « Regards croisés sur la vie culturelle et les sociabilités régionales au Québec (XIXe-XXe siècles) » co-organisé par Alex T. Lamarche et Adrien Rannaud à Trois-Rivières. Cette communication a conduit à son tour à la rédaction d’une note de recherche qui vient de paraître dans le dernier numéro de Mens, dans lequel vous trouverez d’ailleurs un dossier constitué d’articles tirés de ce colloque.

Le régime municipal mis en place au Bas-Canada au milieu du XIXe siècle traîne un lourd héritage qui a été assez peu examiné par les historiens. Dans cette note de recherche, Amélie Bourbeau et moi proposons une réflexion exploratoire sur le passé du gouvernement local au Québec en nous intéressant à la période qui va de la création du régime actuel, en 1855, au début de la Seconde Guerre mondiale, moment à partir duquel le monde municipal, ébranlé par la crise économique des années 1930, est éclipsé par le développement rapide des ordres de gouvernement supérieurs. Notre réflexion porte d’abord sur l’historiographie. En examinant la place réservée à la fondation du régime municipal au Bas-Canada et aux petites et moyennes villes dans l’histoire du Québec, nous montrons que si ce régime a été conçu dans un esprit assez peu démocratique, dans les faits et pendant la période étudiée, tout suggère qu’il est le théâtre d’une culture politique riche et complexe. Malheureusement, l’historiographie actuelle, à l’extérieur de la métropole montréalaise, permet peu ou mal de rendre compte de cette richesse. À partir de cette analyse de l’historiographie, nous proposons une réflexion de nature plus méthodologique en examinant de plus près quelques outils conceptuels et quelques pistes de recherche qui permettraient de mieux rendre compte de l’histoire politique et culturelle locale et municipale du Québec. Nous montrons ainsi comment les notions de gouvernance, de citoyenneté et, surtout, de culture politique permettraient d’offrir un portrait plus riche de cette histoire.

Ce cadre a notamment été mis en pratique dans le chapitre que j’ai écrit dans le collectif Pouvoir et territoire au Québec depuis 1850 qui est paru l’an dernier chez Septentrion.