Montréal 1642-1942: 31 mai 1942 – Hommage des Néo-Canadiens à Ville-Marie

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« L’une des manifestations les plus touchantes du IIIe centenaire aura été, sans doute, l’hommage qu’ont voulu rendre aux fondateurs de Ville-Marie les Néo-Canadiens catholiques, c’est-à-dire les étrangers qui ont acquis droit de cité à Montréal depuis le début du siècle »: comment imaginer un meilleur révélateur de l’ouverture très limitée des fêtes du tricentenaire à l’altérité? Si les anglophones de Montréal et certains représentants de la communauté juive ont participé à un petit nombre d’événements du tricentenaire, cet hommage est le seul espace qui sera ouvert aux autres communautés « néo-canadiennes » de la métropole. Et, évidemment, cette ouverture se limite à ceux qui appartiennent à l’Église catholique. Ce sont donc des représentants des treize paroisses « nationales » de Montréal qui sont appelés à rendre hommage à Ville-Marie lors de cet événement organisé dans ce qui deviendra officiellement le parc Jeanne-Mance par la suite. On identifie ainsi Italiens, Syriens, Hongrois, Allemands, Lithuaniens, Polonais, Chinois, Tchécoslovaques et Ukrainiens (en spécifiant que trois de ces communautés sont plus rattachées à l’Église d’orient). Notons également, parmi ces « Néo-Canadiens », la présence de représentants de la communauté autochtone de Kahnawake (issus de la « mission iroquoise catholique de Saint-François-Xavier »), communauté qui est tout sauf « Néo-Canadienne ». Le « sous-comité des Néo-Canadiens » qui a vu à la préparation des fêtes est d’ailleurs dominé par un exécutif composé surtout de clercs canadiens-français et on a l’impression que l’événement est surtout destiné, comme l’explique le secrétaire des fêtes, à « donner du pittoresque » au tricentenaire.

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L’hommage du 31 s’ouvre donc sur une messe qui, malgré sa moindre ampleur, se déroule au même endroit que celle, beaucoup plus spectaculaire, du 17 mai précédent. Fait notable, cette messe catholique est suivie d’une messe célébrée selon le rite orthodoxe et dirigée par le curé de la paroisse syrienne de Montréal. Malgré l’exclusion explicite des non-catholiques, le sermon bilingue offert aux participants par le révérend père W. X. Bryan mise sur la solidarité multiculturelle:

Le spectacle qui s’étale devant nous ne serait possible nulle part ailleurs de nos jours. Que des représentants d’une douzaine de nations diverses, non pas quelques dignitaires choisis pour participer à une fonction officielle, mais des centaines de citoyens avec leurs familles puissent s’assembler paisiblement et prendre part en harmonie complète à une cérémonie telle que celle-ci, voilà ce qui, malheureusement, ne se voit plus en ces jours assombris par une guerre fratricide quasi-universelle.

De manière peu étonnante, Bryan explique que ce miracle est rendu possible par la foi qui les unit, foi sur laquelle a été fondée Ville-Marie. L’après-midi du 31 est consacrée à une fête populaire incluant activités sportives et musicales, et permettant de mettre en scène costumes et danses traditionnelles de plusieurs des communautés présentes. Les journaux ne manquent pas de souligner que plusieurs des communautés représentées cet après-midi-là appartiennent à des nations qui se trouvent au coeur de la conflagration de cette Seconde Guerre mondiale.

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Montréal 1642-1942: 29 mai 1942

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L’histoire ou l’actualité n’ont pas retenu grand-chose de la manifestation suivante des célébrations du tricentenaire de Montréal. Ainsi, le 29 mai est l’occasion d’un concert d’orgue organisé par François Hone et mettant en vedette Joseph Bonnet. L’organiste et compositeur français agence des pièces françaises et canadiennes pour former une trame qui évoque l’épopée de Ville-Marie. L’événement aurait rassemblé plus de 1500 personnes à l’église Notre-Dame et a permis de mettre en relief les oeuvres d’un certain nombre de compositeurs canadiens qui n’ont certainement plus aujourd’hui la notoriété d’alors: Alfred Whitehead, Arthur Letondal, Benoît Poirier, Frédéric Pelletier et Amédée Tremblay. Quant à Bonnet, sa présence rappelle encore et toujours l’ombre du conflit mondial, qui pèse sur les fêtes. En effet, l’organiste français était en tournée aux États-Unis avec sa famille lorsque la France est défaite en mai 1940. Il demeure donc en Amérique du Nord, où il multiplie les concerts. Sa santé se dégrade à partir de 1943 et il s’éteint l’année suivante, dans un hôtel de Sainte-Luce-sur-Mer, où il passait ses vacances.

Autrement, dans l’actualité, les fêtes du tricentenaire sont évoquées dans le cadre de la découverte de souterrains dans le Vieux Montréal. D’autres publicités nous rappellent que, parallèlement aux concerts d’orgue, des divertissements plus « populaires » sollicitent également l’attention des Montréalais…

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Montréal 1642-1942: 24 mai 1942

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En mai dernier, après avoir relaté le « moment fort » des fêtes du tricentenaire, je dois confesser que j’ai un peu laissé de côté ce projet de revisiter l’entièreté des fêtes. Une liste de choses à faire bien remplie et une vie familiale demandante m’ont amené à prioriser d’autres dossiers avant le répit tant attendu des vacances estivales. J’hésitais à revisiter la question jusqu’à ce que je sois appelé à y revenir dans le cadre de l’école d’été du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal ce lundi. Les débuts d’année académique étant propices aux bonnes intentions, j’ai décidé de m’y lancer de nouveau…

Nous revoilà donc dans une métropole sur laquelle pèse le nuage sombre de la guerre et où le comité religieux des fêtes tâche, envers et contre tous, de célébrer le tricentenaire de la fondation de Ville-Marie (et pourquoi pas relire mon introduction au projet?).

Le 24 mai, et comme ils le feront encore souvent, les organisateurs des fêtes se contentent en quelque sorte d’apposer le sceau du tricentenaire à un autre événement du calendrier nationaliste canadien-français. Il s’agit, on l’aura peut-être deviné, de la fête de Dollard des Ormeaux. La légende de Dollard, qu’a bien décrypté Patrice Groulx dans sa monographie sur le sujet, sert bien les ambitions du comité religieux des fêtes. Le valeureux guerrier et ses compagnons se seraient sacrifiés pour la salut de Ville-Marie suite à une messe où ils auraient fait le serment de protéger la cité à tout prix.

Cette fois-ci, le comité s’appuie sur l’ACJC et comme l’explique le secrétaire des fêtes:

L’année du IIIe Centenaire de Ville-Marie était toute indiquée pour donner encore plus d’ampleur à cette manifestation annuelle. Une aide substantielle de la Commission du IIIe Centenaire permit, en effet, à l’ACJC d’obtenir un succès sans précédent.

À une « Veillée d’armes » le 23 succède donc une messe pontificale et un traditionnel défilé où les onze corps de cadet de la ville sont en vedette. S’y ajoutent deux fanfares, des corps de scouts et de guides, « d’Évangélines » et de « Filles de Maisonneuve », et les habituels dignitaires laïcs et religieux. La foule compterait une dizaine de milliers de personnes et le défilé aboutit au monument de Dollard des Ormeaux devant lequel on dépose de nombreuses gerbes de fleurs.

Bonne fin de semaine!