Le Travailleur et les intellectuels de la survivance franco-américaine face au déclin des communautés francophones de la Nouvelle-Angleterre (1945-1978)

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C’est avec grand plaisir que j’informe mes lecteurs du dépôt final du mémoire d’Alexandre Patenaude, réalisé sous ma supervision. Intitulé « Le Travailleur et les intellectuels de la survivance franco-américaine face au déclin des communautés francophones de la Nouvelle-Angleterre (1945-1978) », il explore l’évolution des idées et discours des intellectuels franco-américains qui écrivent dans les pages du Travailleur entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la fermeture du journal en 1978. Il y peint un portrait fascinant – et tragique – du déclin de cette branche de l’Amérique française.

Ce mémoire propose une analyse de la réaction des intellectuels faisant la promotion de la survivance intégrale du fait français en Nouvelle-Angleterre face à l’assimilation progressive des communautés franco-américaines, entre 1945 et 1978. Principal organe dédié à cette cause après la Deuxième Guerre mondiale, le contenu du journal Le Travailleur montre bien l’évolution de la perception des élites intellectuelles face à la progression du processus d’anglicisation du groupe. Du ton virulent et accusateur utilisé à la fin des années 1940 pour dénoncer les responsables de la situation qu’ils déplorent, les artisans du journal s’ouvrent progressivement aux débats et véhiculent au milieu des années1950 des idées normalement défendues par les promoteurs d’une plus grande intégration à la société américaine. S’ils restent muets quant aux phénomènes structuraux qui affectent l’ensemble de la population américaine à mesure qu’avancent les Trente Glorieuses, les solutions mises de l’avant par les intellectuels de la survivance, centrées sur l’unité, l’identification d’un idéal à atteindre et la valorisation du passé par la commémoration, n’auront que bien peu d’impact face aux grandes tendances alors en cours. Autrement, après y avoir accordé bien peu d’attention depuis sa création en 1931, Le Travailleur dirige son regard vers un Québec en pleine effervescence au cours des années 1960, sans toutefois tirer profit du contexte favorable aux revendications des minorités culturelles américaines au cours des mêmes années. Une nouvelle élite, en marge des promoteurs traditionnels de la survivance, prendra la relève au cours des années 1970 dans l’espoir de générer une renaissance culturelle franco-américaine chez une population de laquelle Le Travailleur se sera montré, au final, complètement déconnecté.

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La ville comme épicentre de la modernité, de Chicago à Drummondville

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La saison des colloques tire à sa fin en ce qui me concerne. Elle se conclura le 3 juin prochain par une communication au 20e congrès de l’APHCQ.  Je vous invite à aller jeter un coup d’oeil au programme. Les organisateurs ont rassemblé une belle brochette de conférenciers pour traiter de la ville sous toutes ses coutures. Pour ma part, je traiterai assez largement du rapport entre ville et modernité, et je ne manquerai pas de faire un clin d’oeil à mon patelin natal.

La ville et le monde urbain sont au cœur des transformations majeures qu’a connues l’humanité depuis le début du 19e siècle. Si l’urbanisation et l’industrialisation sont deux processus distincts, c’est leur conjonction qui a ouvert toute grande la porte à ce qu’on a bien voulu qualifier de modernité, avec toute l’ambiguïté qui accompagne ce terme. Épicentre de la modernité, la ville en est également en quelque sorte le théâtre, une scène, une porte d’entrée pour mieux en étudier les manifestations. C’est du moins ce que je tenterai de prouver dans cette communication qui a pour objectif de montrer comment, de Chicago à Drummondville, en passant par Montréal et ses banlieues, la ville et l’urbanité constituent de puissants outils pédagogiques pour explorer différents phénomènes propres au monde moderne, à son histoire sociale et économique, mais également politique et culturelle.

« Un petit examen de conscience » : Joseph-Papin Archambault et la reconquête linguistique de Montréal (1912-1922)

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Vous trouverez, dans le dernier numéro du Bulletin d’histoire politique, l’article que j’ai co-écrit avec Olivier Lemieux sur les efforts faits, entre 1912 et 1922, par le jésuite Joseph-Papin Archambault pour défendre la place du français dans l’espace public montréalais, une question qui demeure terriblement d’actualité. En voici l’introduction:

Le 16 mars 1912, le journal Le Devoir publie la lettre d’un dénommé Pierre Homier. Intitulé « La langue française et le commerce. Un petit examen de conscience », le texte dénonce l’indifférence des Canadiens français quant à la place de leur langue dans l’espace public – tout particulièrement dans le commerce et l’industrie – et les invite à se mobiliser afin de renverser la situation. Derrière ce pseudonyme se cache le jeune jésuite Joseph-Papin Archambault, qui poursuivra cette entreprise dans les pages du Devoir jusqu’en juin 1913, puis la reprendra sur une base mensuelle, entre 1917 et 1922, dans L’Action française. Dans cet article, notre intention est de revisiter ces textes et de nous attarder non seulement aux idées qui y sont articulées et transmises, mais également à la façon dont elles sont véhiculées. En d’autres mots, à quel type de prise de parole avons-nous affaire ? Quelles fonctions joue le masque derrière lequel se cache le jésuite ? Comme nous espérons le démontrer, derrière le pseudonyme Pierre Homier, Archambault est en mesure de se distinguer des discours et écrits sur la langue française de l’époque (incluant certains de ses propres textes) et de s’attaquer à cette question sous un angle original, mettant de l’avant des gestes concrets, et à première vue banals, s’inscrivant dans la vie de tous les jours. Ce pseudonyme lui permet aussi et surtout de se distancier de son rôle comme membre de la Compagnie de Jésus, et de prendre les traits d’un personnage mieux à même de s’adresser aux élites économiques canadiennes-françaises qu’il vise d’abord et avant tout lorsqu’il prend la plume en 1912.

« Who Governs? » : gouvernance, citoyenneté et culture politique dans les petites et moyennes villes du Québec (1855-1939)

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Ce vendredi, je prendrai part à l’atelier organisé par Benoît Morissette et Frédéric Mercure-Jolette dans le cadre du congrès annuel de la Société québécoise de science politique (SQSP) à l’Université Laval. Intitulé « La gouvernance urbaine devant son histoire », cet atelier me permettra d’explorer certaines des bases conceptuelles et théoriques du projet de recherche « Une gouvernance municipale en construction dans un Québec en mutation (1900-1939) » que je mène avec Amélie Bourbeau.

Voici le programme de cet atelier prometteur, ainsi que le résumé de ma communication:

Introduction : Trois stratégies pour interroger la gouvernance urbaine

Frédéric Mercure-Jolette, Sciences politiques, Université de Montréal.

Séance 1 : Méthodologie et théorie

Gilles Pison, Institut d’études politiques de Bordeaux. « Gouvernance et sociologie de l’action organisée. Action publique, coordination et théorie de l’État »

Renaud Payre, Institut d’études politiques de Lyon. « Un ordre politique urbain ? Catégories d’analyse et régulation politique des territoires urbains »

Patrick Turmel, Philosophie, Université Laval. « La gouvernance urbaine du point de vue de la justice sociale »

Commentaire : Pierre Hamel, Sociologie, Université de Montréal

Séance 2 : Perspective historique

Harold Bérudé, Histoire, Université de Sherbrooke. «  “Who Governs?” : gouvernance, citoyenneté et culture politique dans les petites et moyennes villes du Québec (1855-1939) »

Dany Fougères, Histoire, Université du Québec à Montréal. « La gouvernance en période d’innovations techniques urbaines accélérées. L’administration de Montréal et ses travaux publics dans le dernier tiers du XIXe siècle »

Benoît Morissette, Sciences politiques, Université de Montréal. « Agent de l’État? Le gouvernement local et l’idéologie libérale au Canada (1839-1887) ».

Commentaire : Pierre-Yves Saunier, Département des sciences historiques, Université Laval

Séance 3 : Perspective contemporaine

Olivier Roy-Baillargeon, Urbanisme, Université de Montréal. « La symbiose de la planification et de la gouvernance territoriales: Le cas du Grand Montréal »

Jean-Philippe Meloche, Urbanisme, Université de Montréal. « Le financement des services locaux et les frontières municipales dans la région métropolitaine de Montréal »

Anne Mévellec et al., École d’études politiques, Université d’Ottawa. « De la gouvernance de la capitale nationale du Canada à la gouvernance urbaine des villes d’Ottawa et de Gatineau »

Caroline Andrew, École d’études politiques, Université d’Ottawa. « La gouvernance urbaine, et le cadre d’urbanisme en Ontario : une étude de cas de la Ville d’Ottawa»

Commentaire : Laurence Bherer, Sciences politiques, Université de Montréal

Cette proposition de communication s’inscrit dans le premier axe proposé dans le cadre de cet atelier, c’est-à-dire qu’elle aura pour but d’exposer et de défendre l’utilisation du concept de gouvernance urbaine pour rendre compte des politiques urbaines et de leur histoire. Nous prendrons comme point de départ le classique de Robert A. Dahl, Who Governs? Democracy and Power in an American City, pour faire le point sur les questions fondamentales auxquelles est confronté le chercheur qui s’intéresse à l’histoire politique locale et municipale. À partir de là, nous expliquerons pourquoi nous avons choisi d’avoir recours au concept de gouvernance pour étudier les petites et moyennes villes du Québec, qu’il s’agisse de travaux passés sur les banlieues bourgeoises de Montréal ou de recherches actuelles sur la construction de la gouvernance municipale dans les petites et moyennes villes du Québec entre la mise en place du régime municipal au milieu du 19e siècle et le début de la Seconde Guerre mondiale. Dans ces recherches, nous allions le concept de gouvernance, qui invite à étudier le pouvoir en dépassant les structures formelles de gouvernement, à la notion de citoyenneté, qui est souvent utilisée dans son sens national, mais rarement au niveau municipal. Il s’agit pour nous de déterminer si les mécanismes de la gouvernance favorisent la formation d’une citoyenneté, définie ici comme un sentiment d’appartenance envers la localité et, à l’inverse, comment un tel sentiment d’appartenance peut contribuer, à son tour, à la gouvernance municipale. Ce faisant, nous voulons mieux comprendre la culture politique locale, et plus spécifiquement les rapports qui se tissent ou se défont entre administration locale et société civile.

Sabbatique: rapport d’étape #2 (quelle fin de session?)

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C’est bien beau, comme professeur en congé sabbatique, de pouvoir rire gentiment des collègues qui croulent actuellement sous les corrections, mais il y a quelque chose comme une justice poétique dans le fait que leur fin de session sonne la fin du premier tiers de cette période de grâce dont je bénéficie.

Comme dans mon billet précédent sur le sujet, mon ambition ici est de tout simplement faire le point sur ce que j’ai réussi (ou non) à accomplir dans les deux derniers mois. D’abord, pour ce qui est de mon bilan d’ensemble, je dois avouer que ce que j’ai écrit plus tôt tient toujours: je dois toujours faire des efforts assez importants pour me trouver du temps pour lire et écrire de manière prolongée. Aie-je le droit de citer Michael Corleone ici ou est-ce trop dramatique?

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Quoi qu’il en soit, l’encadrement aux cycles supérieurs, différents engagements liés au « service à la collectivité » et des communications que je n’aurais probablement pas dû accepter de donner continuent à me donner l’impression que, outre l’absence de l’enseignement, mes semaines ressemblent pas mal à celles que je vis en temps normal. J’exagère probablement un peu: je passe beaucoup plus de temps à mon bureau de la maison qu’à celui de l’université, et j’apprécie cette tranquillité plus que je ne l’aurais imaginé à l’origine. J’écris également plus, et probablement mieux, qu’en temps normal. De même, la semaine dernière, j’ai pu lire trois livres de suite sans interruption, quelque chose qui ne m’était probablement pas arrivé depuis l’an de grâce 2007…

Enfin, un tiers de ma sabbatique est tout de même derrière moi. L’été arrive et devrait être une expérience douce amère: j’espère beaucoup écrire en mai-juin, mais les mois de juillet et août seront probablement un peu plus tumultueux en terme de productivité, vacances et semaines passées à la maison avec les enfants obligent. Encore que, qui sait, je vais certainement apprécier ces journées estivales passées avec les enfants et loin de l’ordinateur, des courriels et du reste. Je me contenterai probablement de lectures au soleil au rythme des siestes de mes deux plus jeunes.

Entre-temps, question de me remonter le moral un peu, une liste en vrac des tâches complétées durant les deux derniers mois:

  •  comme la dernière fois, outre le flot de courriels à traiter (dont le débit a quand même beaucoup diminué depuis que je suis en sabbatique), j’ai eu l’occasion de lire, de réviser et/ou d’évaluer chapitres de mémoires, examens de synthèse, bilans historiographiques, projets de mémoire et autres composantes de la facette « encadrement » de la tâche professorale;
  • j’ai aussi participé à l’avant-dernière étape de l’évaluation de notre programme de maîtrise (la visite des externes), processus que j’ai lancé il y a déjà trop longtemps, à l’époque où j’étais encore responsable de programme au département (et que mon collègue Patrick Dramé mène courageusement à terme);
  • j’ai participé à la publication d’un autre numéro de Mens, qui devrait se trouver actuellement à la poste pour distribution;
  • j’ai également préparé la prochaine réunion du comité éditorial de la revue;
  • j’ai préparé et présenté des communications à Ottawa et Cambridge;
  • j’ai donné une conférence grand public sur la question de l’immigration et des réfugiés au Canada à Sherbrooke (accompagné d’un « slameur », une première dans ma carrière);
  • j’ai participé à l’organisation et au déroulement d’une journée d’étude sur le renouveau de l’histoire politique, une initiative de trois de mes étudiants aux cycles supérieurs (journée au cours de laquelle j’ai présenté une communication et animé une table-ronde);
  • j’ai été mis assez brutalement hors-jeu pendant deux semaines par je ne sais quel virus qui a fait le tour de la maisonnée, n’épargnant que mon fils;
  • j’ai révisé une note critique à paraître dans Recherches sociographiques (et reçu mon évaluation favorite pour un texte à vie: « J’ai rarement eu l’occasion d’évaluer un texte aussi bien rédigé. Comme il s’agit d’un excellent texte, mon évaluation, que vous trouverez ci-dessous, est plutôt brève. » – Que demander de plus?).

Et voilà pour le moment. La nouvelle saison de Game of Thrones pourrait représenter une distraction importante, mais comme elle est relativement courte, les dégâts devraient être limités. On se revoit le 1er juillet.