« Les ennemis étrangers »

Me voilà, lors de la conférence de presse, accompagné de Isaac Romano, du Centre communautaire juif de l'Estrie et de Michel Harnois, directeur général de la Société d'histoire de Sherbrooke. Source: Imacom, Claude Poulin (La Tribune)
Me voilà, lors de la conférence de presse d’hier, accompagné de Isaac Romano, du Centre communautaire juif de l’Estrie et de Michel Harnois, directeur général de la Société d’histoire de Sherbrooke.
Source: Imacom, Claude Poulin (La Tribune)

C’est avec grand plaisir que j’ai accepté l’invitation d’Isaac Romano, du Centre communautaire juif de l’Estrie, de contribuer à la venue, à la Société d’histoire de Sherbrooke, de l’exposition itinérante « ‘Les ennemis étrangers’ L’internement des réfugiés juifs au Canada, 1940-43 ». L’exposition, créée par le Vancouver Holocaust Education Centre, traite d’un épisode assez peu connu de l’histoire du pays durant la Seconde Guerre mondiale, soit l’internement d’environ 2400 réfugiés juifs en provenance de la Grande-Bretagne dans différents camps situés dans l’est du pays. Le camp N (Newington), situé à Sherbrooke, a accueilli plusieurs de ces réfugiés entre 1940-1943. Le site du camp était situé, comme je l’ai appris à ma grande surprise, à deux pas de chez moi et, pour le moment, rien ne permet de deviner son existence passée. L’accueil de l’exposition sera une belle opportunité de faire revivre la mémoire de cet événement à Sherbrooke et dans le reste de la province (l’exposition sera en mars 2014 à Sherbrooke, puis voyagera à Montréal et Ottawa). La composante virtuelle de l’exposition est déjà disponible en-ligne et ceux qui voudraient en apprendre plus sur les politiques du gouvernement canadien face aux réfugiés juifs peuvent consulter l’ouvrage classique d’Irving Abella et Harold Troper sur la question: None Is Too Many: Canada and the Jews of Europe 1933-1948.

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La rivalité Montréal-Québec: histoire et mémoire d’un antagonisme

La semaine prochaine, j’aurai la chance de participer au 41e colloque de l’Association française d’études canadiennes à Rennes. J’y présente une communication intitulée « La rivalité Montréal-Québec: histoire et mémoire d’un antagonisme » qui sert de base à un chapitre en préparation et, qui sait, à d’autres recherches, le sujet ayant des ramifications qui m’ont surpris!

En voici l’introduction:

Le réseau urbain québécois s’articule autour de deux pôles : Montréal et Québec. Depuis l’époque coloniale, ces deux villes ambitionnent d’obtenir et de conserver les titres de métropole ou de capitale. Cœur politique et économique de la Nouvelle-France, lieu mythique de la bataille qui allait sceller le sort de la colonie, Québec ne parviendra pas à s’imposer à l’ère de l’industrialisation rapide du Canada-Uni. Capitale d’une province et cœur d’une Église catholique en recul, elle deviendra dans les dernières années du XXe siècle un « mystère » politicoculturel et une histoire à succès économique. En parallèle, Montréal naît sous les traits austères de Ville-Marie, centre d’une ambitieuse entreprise missionnaire. Bénéficiant d’une position géographique avantageuse et d’élites économiques énergiques, elle cimente rapidement sa position de métropole du Canada. Secouée par la crise économique des années 1930, talonnée par Toronto, elle se réinvente douloureusement et un peu malgré elle en métropole québécoise dans les décennies d’après-guerre et aborde le XXIe siècle aux prises avec des problèmes de gouvernance en apparence insolubles.

Dans cette communication, mon objectif est de montrer comment la rivalité entre ces deux cités – encore bien vivante de nos jours – s’est construite au fil des décennies et des siècles, jusqu’à devenir une composante centrale de l’identité des deux agglomérations. En évoquant différents épisodes de cette compétition, qui s’est jouée tantôt dans la sphère économique, tantôt dans les sphères politique et culturelle, j’espère identifier les matériaux et les « entrepreneurs » qui ont permis de faire de cette rivalité un véritable lieu de mémoire, mais surtout d’en expliquer la persistance.