La jungle urbaine: appel de communication

L’association entre le milieu urbain et la violence ne date pas d’hier et est au cœur des représentations les plus noires de la ville et de l’urbanité. Encore de nos jours, spécialement du côté américain, la grande ville est associée à la violence et à la criminalité. Cette journée d’étude sur la question promet donc d’être des plus intéressante:

CALL FOR PAPERS ‘In the Jungle of Cities’: mobs, murders, crowds, riots and crises in the Modern City

An academic conference to be held at Chetham’s Library, Manchester, on 30th May 2013 Speakers Include Dr David Alderson (University of Manchester) and Dr Katja Diefenbach (Jan van Eyck Academie, Maastricht)

Proposals are invited for papers on the relationship between the modern city and violence. The relationship has been an essential one for literature, film, television and other cultural production. Proposals are encouraged from across the whole range of disciplines dealing with representations of violence and the city. Suggested topics include but are not limited to: • Crime and the city. The association between the city and crime in literature, film and other art forms, as well as in the writing of history, including; the Newgate novel, the detective novel, the police drama, the contemporary crime novel, the city in European and world cinema, and presentations of acts of urban violence like the 2011 UK riots. • The city in critical and literary theory. Discussions and theories of the city within all areas of critical and literary theory; from Walter Benjamin on the nineteenth century, through Deleuze, Baudrillard and Virilio on the modern and postmodern city, to questions of the city as definitionally violent (Derrida). • Politics of the violent city. Considering the relationship between urban violence and political formations – both revolutionary and reactionary. Discussion could include historical examples and/or theoretical approaches e.g. Marx, Debord, Fanon or Harvey. • Architectures. Analysis of the ways in which the built environment, and/or specific architectural movements or styles shape urban violence and crime. This could include consideration of particular cityscapes or their cultural representations. • The man and the crowd. Conceptualizations of mobs, crowds and riots, as well as their relationship to popular culture, such as; public hangings, butchery, street performance, markets, fairs and the Carnival. • The nation and the city. Questions of the relationship between the urban space and citizenship, the British and European city, and the relationship between the city and national identity, cosmopolitanism, migration and other conceptualizations of identity. • Gendering the city. Examinations of the ways that gender impacts upon the negotiation of urban space, and how geographies of violence structure gendered experiences of the city. • The city of Manchester. The history and representation of Manchester and its significance within literature and politics. • Non-canonical, marginalized and international cities. Discussions of the non-Western city and the study of traditionally less-examined materials or comparative literature, and their impacts on our models of the development of the city.

Applications of around 400 words should be sent to Alfie Bown, Jane Stedman and Chris Vardy at jungleofcitiesconference@gmail.com by 15th February 2013.

Supported by artsmethods@manchester and cities@manchester

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La bibliographie et vous

Sujet excitant s’il en est un cette semaine dans mon séminaire de méthodologie: la bibliographie. Nous traiterons à la fois des stratégies de recherche qui permettent de construire une bonne bibliographie, mais aussi des logiciels qui facilitent grandement, de nos jours, la gestion et l’utilisation des données bibliographiques. À cet égard, j’exposerai aux étudiants les principales options en la matière, mais je me transformerai en « cheerleader » enthousiaste pour ce qui est de celui que j’utilise en ce moment, Zotero. Le logiciel est gratuit, facile d’utilisation et permet la création de bibliographies partagées. Je réfère les intéressés à ce blogue de formation qui permet rapidement, et en français, de faire le tour du logiciel et de ses fonctionnalités.

« Villes en photographies : Les usages de la photographie en histoire urbaine »

Dans l’esprit de mon article récent sur les sources iconographiques, voici un appel de communication qui tombe à point.

Chers collègues,
Je vous prie de trouver ci-dessous l’appel à projet pour les journées d’étude 2013 de la SFHU. Compte tenu des délais très courts, merci de bien vouloir faire circuler cet appel auprès des collègues susceptibles d’être intéressés.

Société Française d’Histoire Urbaine
Journées d’étude
« Villes en photographies : Les usages de la photographie en histoire urbaine »
Jeudi 17 et vendredi 18 janvier 2013

Les journées annuelles d’étude de la SFHU, qui se tiendront les 17 et 18 janvier 2013 à l’Université Paris-Est Marne la Vallée, seront l’occasion d’interroger la place qu’occupe la photographie dans le champ de l’histoire urbaine.

Dès ses débuts, elle s’est imposée comme une source documentaire de premier plan, ce dont témoignent l’ampleur et la diversité des fonds photographiques documentant l’espace urbain. Les historiens de la ville, quelles que soient leurs périodes et leurs spécialités, y ont donc recours comme un outil de lecture des paysages urbains anciens et actuels. Le medium photographique est également mobilisé pour la collecte de données par les autres acteurs de la recherche urbaine – qu’ils soient archéologues, urbanistes, anthropologues, sociologues ou géographes.

Il est utile de proposer un état des lieux concernant les usages multiples du document photographique par les historiens et les autres spécialistes de l’urbain.

Les propositions de communication (en 2000 signes) devront parvenir avant le 10 décembre 2012 à sfhu@univ-paris-est.fr

Le comité scientifique examinera les propositions et les réponses seront données le 15 décembre.

Comité scientifique :
– Juliette Aubrun, Université de Versailles Saint-Quentin
– Thierry Bonzon, Université Paris-Est Marne la Vallée
– Laurent Coudroy de Lille, Université Paris-Est Créteil
– Jean-Pierre Guilhembet, Université Denis Diderot Paris 7
– Denis Menjot, Université Lumière Lyon 2
– Frédéric Moret, Université Paris-Est Marne la Vallée
– Mélanie Traversier, Université Lille 3

Frédéric Moret
Professeur d’Histoire contemporaine
Vice-Président de l’Université Paris-Est Marne La Vallée
http://acp.univ-mlv.fr/lequipe/frederic-moret/
http://acp.univ-mlv.fr

La biographie (de Papineau), l’individu et l’histoire

J’ai récemment eu le plaisir de lire le petit essai d’Yvan Lamonde et Jonathan Livernois, Papineau. Erreur sur la personne. Heureux hasard, et il s’agit bien d’un hasard, mon séminaire de cette semaine traite de la place de l’individu dans la production de l’histoire, du statut des biographies, qu’elles soient individuelles ou collectives. L’ouvrage de Lamonde et Livernois n’est évidemment pas une biographie du célèbre patriote, mais une réflexion éclairante sur les récupérations politiques du personnage.
Au fil des pages, les auteurs se demandent toutefois où est cette biographie de Papineau qui permettrait, notamment, de dissiper un certain nombre de malentendus sur le personnage. Pourquoi n’a-t-elle pas été écrite? Le personnage est bien connu, occupe indéniablement une place de choix dans l’histoire du Québec et a laissé derrière lui une quantité considérable de documents (dont une bonne partie est éditée). Ajoutons, et ce n’est pas rien, qu’un tel ouvrage se vendrait bien. Ce n’est pas la première fois que la question est soulevée et elle permet certainement d’ouvrir la porte sur une discussion sur la place de la biographie en histoire (québécoise).

Source: http://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/livres/papineau-2249.html

Mentionnons d’ailleurs que la Revue d’histoire de l’Amérique française a consacré, il y a quelques années, un dossier intéressant sur le sujet, dossier qui permettait de mesurer l’inconfort que soulevait la démarche biographique chez les historiens patentés du Québec (ce qu’a d’ailleurs noté Claire Dolan dans son intervention dans le dit dossier).

Enfin, pour donner aux étudiants un bref aperçu des différents tons de la biographie au Québec, hier et aujourd’hui, je me suis muni d’un solide quatuor d’ouvrages:

  • Papineau, de Robert Rumilly (1944)
  • Duplessis, de Conrad Black (1977)
  • Jacques Parizeau, de Pierre Duchesne (2001)
  • Éva Circé-Côté, d’Andrée Lévesque (2010)

De plus, je leur ai fait lire l’article classique de Lawrence Stone sur la prosopographie, celui de Giovanni Levi sur les usages de la biographie et un extrait de l’ouvrage d’Andrée Lévesque consacré à Jeanne Corbin. On verra si je peux en convaincre un de s’attaquer à l’illustre patriote…

Les banlieues (bourgeoises) de Montréal face à la métropole

Dans Le Devoir de ce matin, Peter Trent, le maire de Westmount, publie un extrait du livre qu’il s’apprête à faire paraître dans les deux langues officielles. Intitulé The Merger Delusion, How Swallowing Its Suburbs Made an Even Bigger Mess of Montreal, l’ouvrage contiendra très certainement une critique en règle (et passablement volumineuse à 700 pages!) du fiasco que représentent les réformes municipales entreprises à l’échelle du Québec en 2001 et qui se sont terminées, dans le cas de Montréal du moins, par un compromis bancal et dysfonctionnel. J’ai entendu à plusieurs reprises M. Trent débattre durant la longue saga des fusions/défusions municipales et, si je ne partage pas toutes ses idées sur la saine gouvernance de la région métropolitaine, je dois reconnaître qu’il est un observateur avisé de la scène municipale montréalaise (c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai accepté de produire une recension de l’ouvrage en question).

Source: http://www.ledevoir.com/politique/montreal/363732/la-fusion-a-propage-le-virus-de-la-corruption

Dans son texte, M. Trent y va d’une défense passablement généreuse du maire Tremblay et en vient à cette affirmation:

Si la mégaville avait vraiment été créée par des fusions, c’est-à-dire, par l’union de partenaires égaux, le penchant de Montréal pour la corruption aurait pu s’estomper ou tout au moins être amoindri. Mais la mégaville a été créée par une annexion : aussi, ce sont les méthodes, l’administration et la moralité de l’ancienne ville de Montréal qui sont devenues la norme. La corruption s’est diffusée à partir d’une source bien enracinée.

Avec ces quelques lignes, le maire de Westmount s’inscrit dans une longue tradition. L’histoire des relations ville-banlieues à Montréal permet d’observer l’étonnante constance de l’argumentaire des banlieues cossues de l’île face à la question de la gouvernance métropolitaine de la région. Ce discours a plus souvent qu’autrement été porté par la mairie de Westmount, qui fait figure de porte-étendard des banlieues de l’île.

Ainsi, l’administration municipale de Westmount joue un rôle important dans les débats qui mènent à la mise sur pied d’une première structure de gouvernance métropolitaine à Montréal en 1921. La Commission métropolitaine de Montréal (CMM) exerce un contrôle financier sur les municipalités du centre de l’île, contrôle dont est exempté Montréal. Il est toutefois clair que le processus ne s’arrêtera pas là et, dans les années qui suivent, plusieurs acteurs des banlieues de la première couronne de Montréal font la promotion d’un système fédéral de gouvernement de l’île de Montréal. Si les représentants des banlieues espèrent maintenir leur autonomie sur les questions locales, ils croient aussi favoriser le développement de la région métropolitaine en s’efforçant de mettre un joug administratif sur un gouvernement municipal central qu’ils estiment être une cause importante des problèmes auxquels continue de faire face Montréal. Le système mis de l’avant reprend, dans ses grandes lignes, celui mis en place à Londres en 1888. Il s’agit d’un régime à deux paliers, constitué d’un conseil central et d’arrondissements qui correspondraient plus au moins au découpage municipal de l’île de Montréal. Les conseils d’arrondissement bénéficieraient d’une autonomie complète en ce qui concerne les affaires purement locales, mais leurs finances seraient supervisées par le conseil central. Ce dernier administrerait les dossiers métropolitains et ses finances seraient, à leur tour, supervisées par le gouvernement du Québec.

Ce qui est significatif dans la façon dont ce système est présenté, est l’omniprésence d’éléments faisant écho aux pratiques et aux discours que l’on observe, au même moment, dans les banlieues de l’île. On y sent clairement leur empreinte et leur influence. Les intervenants reviennent fréquemment sur le fait que c’est la taille de Montréal même, comme entité politique, qui tue tout esprit civique et qui nourrit inefficacité et corruption dans la ville. À l’opposé, comme l’explique le maire d’Outremont, Joseph Beaubien, lors d’une conférence :

the reason that the smaller independent communities in the vicinity of Montreal, such as Outremont and Westmount, were so much more efficiently administered, was due to the fact that civic management as it related to the minor routine of hiring and discharging employees, and clerical and other petty tasks, in the case of the smaller communities referred to was effected by civic staff clerks employed for just this purpose. As a result suburbs were much more efficiently managed. […] Men in the suburbs were easily elected to office. There was not the tremendous preliminaries and initiatives prior to elections as there most certainly was in the larger cities. A candidate was selected with ease and without fuss and simply ran for election at a minimum of expense to all (The Weekly Examiner, le 5 juin 1930, p. 1).

C’est tout le contraire dans les grandes villes, où l’on retrouverait « the pernicious influences of party ties, that obstructed the work of general progress, and restricted what might otherwise be the reform activities of a candidate once elected ». Comme le résume un des documents produits en 1928 pour faire la promotion de ce régime et où l’on énumère les raisons pour lesquelles les hommes d’affaires de Montréal devraient l’appuyer: « it provides the opportunity for every district in the city to be administered equally as well as either Westmount or Outremont ».

Ce que proposent les promoteurs du système des boroughs est donc ni plus ni moins qu’une métropolisation à la suburbaine : c’est-à-dire qu’ils favorisent la mise sur pied d’un gouvernement régional qui s’inspirerait d’une culture et de pratiques politiques observées dans les banlieues de l’île et qui se traduirait par un démantèlement du monstre que serait la ville centrale.

Les discours identitaires émanant des banlieues durant la première moitié du 20e siècle sont d’ailleurs très explicites à ce sujet. Lorsqu’on examine les journaux locaux, les discours de politiciens suburbains ou les ouvrages de différents types consacrés à ces communautés, les discours critiques à l’endroit de la ville centrale sont légion, l’attaquant sur tous les fronts en recyclant souvent le discours et les arguments utilisés ailleurs. Ces discours permettent non seulement à ces banlieues de renforcer, par la négative, ce en quoi elles se distinguent, mais aussi de justifier l’exode suburbain qui se poursuit tout au long de l’entre-deux-guerres.

Aux yeux des banlieusards, mais surtout de leurs gouvernants, Montréal, c’est d’abord une administration municipale corrompue et incompétente, un problème qui serait le principal moteur de l’exode vers la banlieue si on se fit à William D. Lighthall, qui fut, entre autres choses, échevin et maire de Westmount :

the extravagance which for some years distinguished the municipal government of Montreal drove many to seek relief outside from excessive taxation and other objectionable conditions within the city. Montreal, in fact, is encircled by a number of municipalities which have preferred to remain outside its sphere although their borders are contiguous with it (Lighthall, 1907).

Bref, de Lighthall à Trent, il y a un besoin chez les acteurs politiques des banlieues autonomes de Montréal de justifier leur existence continue, comme entités politiques (relativement) indépendantes, par une critique assez féroce de l’administration municipale montréalaise et de toute forme de gouvernement métropolitain qui lui laisserait les coudées franches. Quant à déterminer dans quelle mesures leurs critiques sont justifiées…

Villes anciennes, villes contemporaines

Quelle pertinence ont les villes anciennes pour l’étude des villes contemporaines? C’est la question, fort intéressante, à laquelle s’attaque l’anthropologue Michael E. Smith (Arizona State University), qui donnera aujourd’hui une conférence sur le sujet à l’Université de Toronto.

http://www.anthropology.utoronto.ca/news-amp-events/events/Smith%20Flyer.pdf

La question est non seulement intéressante d’un point de vue urbanistique, mais également d’un point de vue méthodologique, puisqu’elle pousse jusqu’à sa limite la question de la pertinence et de la validité de l’approche comparative, que l’on réserve généralement à des phénomènes ou des objets plus rapprochés dans le temps que, par exemple, Cahokia et Baltimore.