Le Parti Québécois, entre participation et centralisation : institutionnalisation d’une culture politique à travers les congrès de 1968 à 1984

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Jacques Parizeau (en haut à gauche) au congrès du Parti québécois en 1973, avec Pierre Marois et René Lévesque (source: Le Devoir)

Mon billet précédent était sensé être le dernier de l’année, mais comme un de mes étudiants vient de faire le dépôt final de son mémoire, je tiens à souligner l’occasion. Il s’agit de Maxime Corriveau, qui a produit un mémoire intitulé « Le Parti Québécois, entre participation et centralisation : institutionnalisation d’une culture politique à travers les congrès de 1968 à 1984 ». Son analyse est drôlement d’actualité, qu’il s’agisse de voir la rhétorique relative aux « vieux partis » à l’oeuvre dans les années 1960-1970, ou encore de voir comment, dès le départ, le PQ est un parti déchiré entre l’idéal d’un certain « participationnisme » et les velléités centralisatrices de ses cadres et de son chef. En voici le résumé:

L’histoire des partis politiques canadiens et québécois semble avoir peu intéressé les historiens. En conséquence, la vie de ces organisations politiques complexes échappe encore à ce jour aux connaissances de la science historique. L’évolution de l’histoire politique, autrefois généralement axée presqu’exclusivement sur les grands hommes d’État, ouvre toutefois de nouvelles perspectives pour aborder ces organisations et c’est à travers la perspective de la culture politique que nous avons abordé le Parti Québécois, en nous intéressant plus particulièrement aux différentes luttes internes pour le contrôle de son orientation.

Pour cibler cette culture politique, nous nous sommes attardés principalement au déroulement des neufs congrès nationaux prenant place sous le mandat de René Lévesque à la tête du parti, soit de 1968 à 1985. Nous abordons à travers cette étude l’évolution du rôle des militants, du programme, des structures, ainsi que la dynamique entre les principaux organes qui dirigent le parti (conseil exécutif, conseil national, aile parlementaire). Nous suggérons que malgré les apparences que lui confèrent ses statuts novateurs et démocratiques lors de sa fondation en 1968, le Parti Québécois n’a jamais réellement été ce qu’une partie de ses fondateurs et adhérents auraient souhaité.

Nos conclusions tendent à démontrer que le parti n’a jamais été le regroupement démocratique et dirigé largement par ses membres que plusieurs ont essayé de créer initialement, mais que ses dirigeants, au contraire, ont tenté constamment à travers le temps de contrôler l’enthousiasme de ses membres, de contenir leurs « déviations » idéologiques en plus d’aller parfois contre leurs convictions, pourtant ratifiées par des congrès démocratiques. Il va sans dire également que René Lévesque a joué un rôle important dans cette opposition constante et parfois paradoxale, entre la base et le sommet du parti.

Le texte complet du mémoire est disponible en-ligne.

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Sabbatique: dernière transmission (de l’année)

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Toute bonne chose ayant une fin, me voici officiellement au bout du rouleau. Le temps des fêtes approche à grands pas, passera comme un coup de vent, et je me retrouverai bien assez tôt devant une salle de classe et un agenda bien rempli. Cela dit, et certains de mes collègues y verront quelque chose comme un blasphème, ce n’est pas trop tôt. Il y a une partie de moi qui est impatiente de retrouver l’enseignement et le joyeux bordel que représentent les efforts faits pour tenir en équilibre les différentes composantes de la tâche professorale.

J’aborde ce retour aux affaires avec réalisme toutefois. J’anticipe le choc que cela représentera et j’espère que les mesures prises pour l’atténuer porteront fruit. J’ai occupé une partie des dernières semaines à prendre de l’avance dans ma préparation de cours. Je me déleste d’un certain nombre de responsabilités que j’ai traînées avec moi durant cette année sabbatique. J’essaie de limiter autant que possible mes engagements durant les sessions d’hiver et d’été 2017, de manière à me concentrer sur mon enseignement et quelques projets d’écriture que j’espérais compléter cette année, mais qui sont encore en chantier. Enfin, cette semaine, j’ai considérablement ralenti la cadence, me promettant de véritables vacances comme cadeau de Noël. Qui sait? J’aurai peut-être même le temps d’entretenir ce blogue l’année prochaine.

Entre-temps, un dernier inventaire de ce qui a été fait depuis le 1er novembre:

  • J’ai participé au séminaire « Pouvoir et territoire » comme co-organisateur et conférencier et, sans vouloir trop me lancer de fleurs, j’ai beaucoup apprécié l’expérience. Le site histoireengagée.ca en a fait un compte rendu.
  • J’ai complété la préparation de mes plans de cours pour l’hiver 2017, fait le ménage et la révision de leurs pages Moodle, dépoussiéré notes et présentations PowerPoint.
  • J’ai présenté deux courtes communications aux collègues du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal sur les projets de recherche que j’y mène et, surtout, sur le rôle qu’y joue la géolocalisation des données.
  • J’ai révisé les versions finales de deux mémoires de maîtrise d’étudiants travaillant sous ma direction (et j’en ai évalué un qui a été déposé).
  • J’ai lu et évalué un manuscrit de près de 700 pages.
  • J’ai présenté une conférence dans le cadre d’un cours d’introduction au Québec à l’Université de Montréal sur le rapport de la société québécoise à la ville et à l’urbanité.
  • J’ai évalué l’examen de synthèse d’un de mes étudiants au doctorat.
  • J’ai préparé une première version de mon rapport de congé sabbatique, parce qu’il faut bien rendre des comptes.
  • J’ai révisé et remis à temps le texte sur lequel s’appuyait ma communication au séminaire « Pouvoir et territoire » et lancé, avec mes collègues, le processus d’évaluation, d’édition et de publication des textes.
  • J’ai travaillé sur un article, qui devrait en devenir deux, sur l’idéal suburbain et les discours publicitaires à Montréal dans les années 1950-1960 (à compléter cet hiver).
  • J’ai révisé une note de recherche sur la gouvernance municipale co-écrite avec ma co-chercheure (et épouse) à la lumière des évaluations (positives) que nous avons reçues.
  • J’ai révisé les textes du prochain numéro de Mens une dernière fois avant la mise en page (et pendant que je révisais ce texte, j’ai reçu les épreuves du numéro…).
  • J’ai fait pas mal plus de gestion budgétaire que prévu…

Il y a probablement autre chose, mais alors que ma liste précédente m’a remonté le moral, celle-ci me fait l’effet contraire, ce qui est probablement signe que je devrais quitter les ondes et aller profiter des quelques jours de tranquillité relative dont je dispose encore.

Joyeux Noël, bonne année et à la prochaine.

La ville, quartier par quartier

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Cette année, j’ai eu différentes occasions de me pencher sur la notion de quartier en histoire urbaine. Pour ceux et celles que la chose intéresse, je vous invite à écouter la séance à laquelle j’ai participé, en compagnie de Paul-André Linteau et Fernand Harvey, lors du dernier congrès de l’ACFAS, et durant laquelle j’ai disserté sur cette question. Cette communication est la base sur laquelle je me suis appuyé pour écrire un chapitre dans un collectif qui devrait paraître au cours de l’année prochaine.

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Dans le même esprit, plus tôt cette année, j’ai eu le plaisir de préparer une note critique pour la revue Labour / Le Travail sur les excellents ouvrages de Gilles Lauzon sur Pointe-Saint-Charles et Dale Gilbert sur le quartier Saint-Sauveur de Québec, tous deux publiés chez Septentrion. Elle vient de paraître dans le plus récent numéro de la revue.

9780226290317

Enfin, ces réflexions m’ont permis de découvrir le très bel ouvrage de Benjamin Looker sur la place des quartiers dans l’imaginaire culturel et politique américain durant la seconde moitié du 20e siècle. L’ouvrage s’est d’ailleurs mérité le prix Kenneth Jackson de l’Urban History Association de 2015, un honneur bien mérité.

Bonnes lectures!