« Humaniser » la ville (Histoire urbaine no. 48 (avril 2017)

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Un bref article, en ce début de saison estivale, pour vous signaler la parution du numéro 48 de la revue française Histoire urbaine. J’y co-dirige, avec Olivier Chatelan (Université Jean Moulin – Lyon 3), un dossier sur le thème «  »Humaniser » la ville ».

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Voici d’ailleurs un bref extrait de l’introduction:

« Humaniser » la ville : qu’est-ce à dire ? Bâtir ou aménager une ville « humaine », « plus humaine » ou « à taille humaine » constituent des ambitions revendiquées par nombre de politiques publiques d’aménagement urbain depuis quelques années. À l’échelle mondiale, l’Unesco fait de l’« humanisation » des villes contemporaines un enjeu fondamental autour de trois composantes : le droit à la ville, l’établissement de « formes participatives de gouvernance » et le développement d’une « solidarité active » [1]. Le projet est donc à situer au-delà du seul cadre de l’urbanisme comme discipline : il engagerait la cité autant que la ville, le « vivre ensemble » autant qu’un art de bâtir. Cette dimension politique a pu servir de caution morale ou idéologique, variable selon les lieux et les périodes. La justification d’une rénovation urbaine ne s’appuie-t-elle pas parfois sur la dénonciation d’un quartier ou d’un îlot « déshumanisé » ? En Amérique du Nord, par exemple, cet argumentaire aura été déployé non seulement pour justifier la destruction de quartiers populaires considérés comme irrécupérables dans les années 1960, mais également pour appuyer la démolition, dans les années 1990 et 2000, de certains grands ensembles résidentiels qui avaient été construits pour les remplacer, comme le complexe Cabrini-Green à Chicago [2]. L’idée d’« humaniser » la ville se profile également derrière les différentes déclinaisons du processus de suburbanisation, et tout particulièrement les projets associés plus récemment au « New Urbanism », comme la communauté planifiée de Seaside en Floride [3]. En interrogeant le caractère d’évidence d’une notion socialement construite, l’historicisation de cette expression dans le champ de l’histoire urbaine contemporaine n’est donc pas une entreprise inutile.

[1] UNESCO, « Déclaration d’Istanbul sur les établissements humains », Rapport de la Conférence des Nations Unies sur les établissements humaines (Habitat II), juin 1996.
[2] Brian J. Miller, « The Struggle Over Redevelopment at Cabrini-Green, 1989-2004 », Journal of Urban History, 34,6 (septembre 2008), p. 944-960.
[3] Emily Talen, « Affordability in New Urbanist Development : Principle, Practice, and Strategy », Journal of Urban Affairs, 32, 4 (octobre 2010), p. 489-510.

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