Regards catholiques sur les villes québécoises : une haine à géométrie variable (1918-1939)

 

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En mars 2012, j’ai eu la chance de participer au colloque  « Regards catholiques sur les capitales, XIXe et XXe siècles : Bruxelles, Paris, Québec, Rome » qui se tenait à Bruxelles. Voici le résumé et l’introduction d’un article que j’ai tiré de ma communication et qui vient de paraître dans les pages des Archives de sciences sociales des religions, dans un dossier sur les capitales catholiques.

Résumé

Les études en histoire urbaine traitant de la haine de la ville, des discours et des pratiques qui s’en inspirent, se multiplient depuis une dizaine d’années, mais ont eu peu d’échos au Québec. Pourtant, une étude des discours catholiques québécois traitant de la ville et du fait urbain durant l’entre-deux-guerres permet non seulement de faire ressortir leurs caractéristiques au moment où la majorité de la population de la province devient citadine, mais d’identifier les traits qui les distinguent de ceux que l’on observe ailleurs dans le monde catholique au même moment. Il y a, d’une part, la centralité du cas montréalais, qui incarne à lui seul toutes les tares du monde urbain aux yeux des catholiques canadiens-français et, d’autre part, la façon dont l’urbanité est associée non seulement à l’irréligion, mais à l’Autre anglophone et protestant. Généralement hostiles, ces discours laissent tout de même transparaitre de timides signes d’une volonté d’apprivoiser ou de s’approprier une certaine urbanité.

Mots-clés : ville, urbanité, catholicisme, Québec, Montréal

Introduction

En 1921, le recensement effectué par le gouvernement canadien confirme une tendance qui apparaissait déjà nettement depuis le début du siècle : la province de Québec est désormais majoritairement urbaine. C’est un seuil qui ne passe pas inaperçu et suscite inquiétude et hostilité dans les milieux catholiques. La haine de la ville et du milieu urbain n’est pas une nouveauté dans l’histoire de l’Église québécoise, mais la période de l’entre-deux-guerres mérite une attention particulière. À la lumière des résultats du recensement, il devient plus difficile de se cantonner dans un certain « agriculturisme » et les discours émanant des milieux catholiques prennent peu à peu acte de l’urbanisation irréversible du Canada français.

Dans les pages qui suivent, je propose d’explorer ces regards sur la ville à travers différentes revues émanant des milieux catholiques. Cette recherche s’inscrit dans une réflexion plus large sur la façon dont est pensée la ville dans la société québécoise au fil du XXe siècle et permettra de dessiner les contours du discours généralement hostile que lui réservent, durant l’entre-deux-guerres, les membres du clergé et les intellectuels canadiens-français issus de la mouvance traditionaliste. Je montrerai toutefois que ces discours varient selon l’endroit où se tourne le regard de leurs auteurs, notamment en ce qui a trait aux deux plus importantes villes de la province, Québec et Montréal, et reflètent certaines particularités du contexte québécois. Je conclurai sur certaines des pistes qui permettront d’élargir et d’approfondir l’étude des représentations de l’urbanité dans la société québécoise durant cette période charnière.

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