Montréal 1642-1942: introduction

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Il y a de cela une quinzaine d’années, je déposais un mémoire de maîtrise (Commémorer la ville, une analyse comparative des célébrations du centenaire de Toronto en 1934 et du tricentenaire de Montréal en 1942) où je comparais les célébrations entourant le centenaire de Toronto en 1934 à celles consacrées au tricentenaire de Montréal huit ans plus tard. Ce mémoire confirmait le tournant « urbain » de mes recherches historiques et s’inscrivait dans le courant, alors très populaire, des études de nature mémorielle. Depuis, j’ai un peu délaissé ce filon, du moins pour ce qui est de mes recherches. Car, au-delà de la recherche, c’est une question – la question commémorative – qui hantera mon année, notamment pour ce qui est de l’enseignement. Ainsi, j’enseigne cet hiver pour la septième fois le cours HST 105 Histoire du Canada depuis 1840, où il sera fréquemment question du projet politique canadien, qui fête cette année son 150e anniversaire. De même, j’enseigne un séminaire sur les revues d’idées et d’essais où j’accorderai une place assez importante à l’Action française / Action nationale, revue d’idées québécoise qui fête cette année son 100e anniversaire (un exploit impressionnant pour une publication du genre). Enfin, historien du fait urbain au Québec, comment pourrais-je échapper au 375e anniversaire de la fondation de Montréal?

Et je dois avouer que, comme citoyen du moins, j’aimerais en partie y échapper. D’autres que moi ont déjà disserté sur le peu d’intérêt que semble porter le comité organisateur des fêtes pour la facette historique de ces célébrations (sans parler de son peu d’intérêt pour la langue française…) et je soupçonne de toute façon que je ne fais pas partie de la clientèle ciblée par les organisateurs. Cela dit, comme historien qui a traité des fêtes de 1942, je ne peux entièrement m’empêcher de réfléchir aux importantes différences qui existent et existeront certainement entre les deux événements. C’est pour cette raison que je me suis dit qu’il serait amusant, et je l’espère intéressant, de consacrer mon année à commémorer à ma façon les fêtes de 1942. Je laisserai à d’autres le soin de nous parler de Maisonneuve et de ses associés!

Dans les mois qui viennent, m’appuyant sur les sources que j’ai rassemblées à l’époque et sur de modestes recherches additionnelles, je ponctuerai donc l’année de petits articles reconstituant en quelque sorte les mille et une activités associées aux célébrations de 1942 (j’ai déjà un peu de retard).

Mais, d’abord, pour compléter cette introduction, quelques mots sur les préparatifs qui ont précédé ces fêtes. L’idée de célébrer le 300e anniversaire de la fondation de Montréal est attribuée au maire Adhémar Raynault, qui en fait mention dans son programme électoral de 1936. En 1937, Raynault, qui est également député provincial de l’Union nationale, fera amender la Charte municipale de la ville pour permettre la création d’une « Commission du IIIe centenaire ». Compromis dans un scandale financier, il devra quitter la mairie en 1938, mais l’emprisonnement de son successeur, Camillien Houde, par le gouvernement fédéral,  lui permet de revenir en scène en 1940 et il sera des fêtes en 1942 dont il est le président d’honneur (même si la ville est alors sous tutelle provinciale, le réduisant au rang de figurant politique).

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Léon Trépanier

La Commission du Troisième Centenaire de Montréal (CTCM) prend officiellement forme le 20 mai 1937. Réunissant des membres du conseil municipal et des représentants de différents « corps publics » (tant anglophones que francophones), elle sera dirigée par Léon Trépanier, directeur général des fêtes.  Trépanier, qui est alors échevin, a une longue feuille de route, incluant la présidence de la Société Saint-Jean-Baptiste (1925-1929) et l’organisation, en 1935, du tricentenaire de Trois-Rivières. Ses collègues et lui élaborent, en pleine crise économique, un programme tout de même ambitieux et ayant deux objectifs: faire des fêtes une leçon d’histoire pour les Montréalais, mais également faire de Montréal le principal centre touristique du Canada. Bref, même alors, les impératifs économiques jouent un rôle central pour les organisateurs. Le programme prévoit toute une gamme de projets et d’activités. En quelques mots, on parlera de l’embellissement de la ville, d’activités culturelles et religieuses, d’un tribut à la jeunesse canadienne-française, de sport et d’artisanat local.

Tout cela est toutefois d’assez peu d’importance au final, car, en 1939, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale vient tout bouleverser. Le 26 novembre 1940, Trépanier démissionnera de son poste pour s’engager dans l’effort de guerre. Peu après, on annule l’ensemble des activités prévues, invitant tout de même les différentes institutions associées aux fêtes à organiser leurs propres événements lors de l’année du tricentenaire. Plusieurs organismes répondront à l’invitation, mais c’est l’Église catholique qui s’imposera nettement comme principale architecte des fêtes.

 

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