In Memoriam

Je comptais consacrer mon premier article de l’année à l’enseignement de l’histoire du Canada (depuis 1840), comme ce cours occupera une bonne partie de mon temps cette session-ci. Malheureusement, j’ai plutôt appris il y a quelques jours que mon directeur de thèse, Jean-Pierre Collin, s’était éteint dans les derniers jours de l’année 2013 des suites d’une longue maladie. Je dois confesser que nous nous étions assez peu vus dans les dernières années, nos réseaux et nos intérêts de recherche ayant quelque peu divergé. Cela dit, le chercheur que je suis lui doit beaucoup et je souhaite lui rendre brièvement hommage ici.

Dans les remerciements de ma thèse, j’indique assez succinctement qu’il m’a « accompagné tout au long du parcours et [que] je ne serais pas arrivé à bon port sans ses précieux conseils, sa générosité, sa disponibilité, sa patience et ses encouragements ». Ça ne rend pas justice à sa contribution. Je l’imagine, d’autres que moi auront l’occasion de faire le bilan de son apport à l’étude de la politique municipale et de la gouvernance métropolitaine. On aura qu’à consulter son curriculum vitae pour se faire une idée de sa contribution. Pour ma part, je me contenterai de dire que son mémoire de maîtrise et l’article qu’il en a tiré pour la Revue d’histoire urbaine/Urban History Review (« La Cité sur mesure: Spécialisation sociale de l’espace et autonomie municipale dans la banlieue montréalaise, 1875-1920 », Urban History Review/Revue d’histoire urbaine, 13:1 (1984)) représentent à bien des égards le point de départ de la réflexion qui a mené à mon projet de recherche doctoral et à ma thèse.

Jean-Pierre, que je n’ai jamais pu me résoudre à tutoyer d’ailleurs, n’était pas un directeur de thèse envahissant ou directif, mais il a su intervenir à des moments clés de mon parcours. Je me souviens d’abord d’une première discussion dans son bureau où il me demanda tout simplement pourquoi je voulais faire un doctorat. Lorsque je répondis que j’espérais devenir professeur à l’université, il eut la « brutale » honnêteté de me donner une idée précise du parcours dans lequel je m’engageais et des difficultés qui m’attendaient. Je lui suis reconnaissant de m’avoir donné, dès le début, l’heure juste sur ce qui m’attendait, m’évitant la déception et l’amertume que j’ai pu deviner chez des collègues qui n’ont pas nécessairement pu compter sur de tels conseils.

C’est sans compter ses précieuses recommandations à un jeune boursier, que je n’ai probablement pas très bien suivies, puisque lorsque ma bourse doctorale est arrivée à échéance, disons gentiment que je m’étais un peu dispersé et que la thèse n’avait pas nécessairement beaucoup progressé. Je lui serai toujours reconnaissant de ne pas m’avoir laissé « chômer ». Tout au long du doctorat, j’ai réalisé différents contrats de recherche sous sa supervision, contrats qui m’ont permis de boucler les fins de mois, mais également d’acquérir de précieuses compétences dans les archives municipales. Je le soupçonne d’ailleurs, vers la fin, de m’avoir réservé quelques tâches ingrates question de me motiver à finir cette thèse!

Tout au long du doctorat, j’ai également eu le plaisir de l’accompagner au cours de différents colloques, notamment un pèlerinage annuel à celui organisé par l’Urban Affairs Association. Je n’oublierai jamais la visite un peu surréaliste que nous avons faite du quartier général des mormons à Salt Lake City (qui se terminait sur une énorme statue « parlante » de Jésus), ou encore de ces discussions bien arrosées sur son passé comme militant au sein du Front d’action politique (FRAP).

Enfin, Jean-Pierre a été patient avec ce doctorant qui n’en finissait plus de finir sa thèse et qui, il faut l’avouer, était un peu démotivé durant les derniers miles. C’est au cours d’un dîner estival sur une terrasse de la rue Saint-Denis, à quelques pas de l’immeuble d’une architecture soviétique dans lequel l’INRS – Urbanisation, culture et société a ses bureaux rue Sherbrooke, qu’il m’a gentiment, mais fermement, encouragé à trancher. Ou j’accrochais mes patins et je passais à autre chose, ou je donnais ce dernier coup qui me permettrait de tout ficeler ensemble et de finalement déposer.

Il y aurait probablement encore beaucoup à dire, mais je m’arrêterai ici. Repose en paix cher directeur.

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