Lendemains de grève

Voilà qui n’est probablement pas un très bon présage, mais la publication de ce second article a été passablement retardée par les répercussions de la grève étudiantes du printemps dernier, qui continuent et qui continueront à se faire sentir dans les mois qui viennent. En conséquence, à la charge de travail traditionnellement associée à la rentrée se sont ajoutées les corrections de l’hiver dernier, qui avaient elles-mêmes été retardées par la préparation d’articles et de demandes de subvention qui ponctuent la saison estivale. Bref, les corrections sont terminées et la session entamée.

Les médias ont traité de l’impact de la grève sur le moral et l’énergie du corps étudiant, et cet impact s’est certainement fait sentir lors des corrections. Toutefois, plutôt que d’observer une baisse générale des résultats, j’ai surtout perçu une polarisation au niveau des résultats scolaires. Les étudiants dont la situation était déjà précaire ont généralement été incapables de rattraper ce retard, alors que les premiers de classe ont continué à performer.

J’avouerai également qu’à mon grand soulagement, la grande majorité des étudiants qui participaient à mon séminaire sur l’histoire des revues d’idées et d’essais au Québec (1917-2012) ont produit d’excellents travaux. Je me permets d’en mentionner quelques-uns:

  • Une étudiante a produit une excellente étude des Pamphlets de Valdombre de Claude-Henri Grignon, se concentrant sur trois thématiques (le duplessisme, les femmes et la nation canadienne-française) pour faire ressortir la pensée politique de cet intellectuel iconoclaste surtout connu pour Un homme et son péché. Il va sans dire que les citations savoureuses ne manquaient pas.
  • Deux étudiants ont tourné leur attention vers La Vie en Rose, célèbre revue féministe qui paraît entre 1980 et 1987, et ont mis en relief, dans le premier cas, la façon dont les collaboratrices de la revue interprètent l’histoire du féminisme entre les années 1940 et 1980, et dans le second, la façon dont la revue analyse le débat sur le droit à l’avortement. Les deux travaux permettent de mettre en lumière la diversité et la complexité des idées et débats qui traversent les pages de la revue.
  • Une étudiante a procédé à une analyse comparative des revues L’Action nationale et Parti pris de 1963 à 1966, s’intéressant au rôle qu’attribuent à l’État les collaborateurs des deux revues durant cette période mouvementée. Malgré des prémisses idéologiques très différentes, elle démontre que ces deux équipes observent avec méfiance les réformes entreprises par le gouvernement Lesage et son « équipe du tonnerre ».
  • La revue anarchiste Le Q-Lotté a fait l’objet d’une recherche s’inspirant du cadre chronologique proposé par Andrée Fortin dans son étude sur les revues québécoises et a permis de faire ressortir le caractère postmoderne (ou moderne avancé) de la revue, qui se veut une rupture brutale avec les utopies de la « génération lyrique ».
  • Un autre étudiant s’est penché sur La Cognée, organe du Front de libération du Québec, et a permis de faire ressortir la relation plus qu’ambiguë que le groupe entretenait dans ses écrits avec le marxisme et quelle était sa lecture de l’histoire du Québec.
  • Enfin, un texte fouillé a permis de faire ressortir l’évolution, sur plus de quatre décennies, de la façon qu’avait la revue jésuite Relations de couvrir les enjeux internationaux.

Bref, corriger ces travaux a été une bonne façon de compléter mon propre rattrapage.

La grève étudiante laissera également son empreinte sur le prochain congrès de l’Institut d’histoire de l’Amérique française dans le cadre d’un événement intitulé « Regards croisés sur les mobilisations étudiantes » et auquel je vous invite évidemment à participer!

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« To blog or not to blog »


Ce premier article prend la forme d’une déclaration d’intention quant aux objectifs et aux limites de ce blogue. En guise de préambule, soulignons que je caresse le projet de bloguer depuis déjà quelques temps. L’illustration ci-dessus explique assez éloquemment ce qui me faisait tant hésiter: le web est un vaste cimetière couvert par les tombes de ces blogues abandonnés ou peu entretenus par leur créateur, qui ont probablement plus important à faire ou se sont convertis à Twitter. J’y reviendrai.

Donc, quels sont les objectifs de ce blogue? Essentiellement, je compte en faire un espace où je pourrai traiter de différentes facettes de ma vie d’historien: réflexions sur les recherches et l’enseignement, diffusion de publications ou d’événements liés à mes champs de recherche privilégiés ou, plus globalement, à la place de l’histoire dans la société québécoise (et au-delà). Accessoirement, ce sera un bon endroit pour garder la forme sur le plan de l’écriture, quelque part entre la brièveté des médias dits sociaux et la densité de l’article scientifique.

Pour ce qui est des limites de l’entreprise, mon plan est de consacrer une quinzaine de minutes chaque jour, en moyenne, à la rédaction d’articles. Je m’attends donc à le mettre à jour 2 à 3 fois par semaines. Je me donne le reste de l’année 2012 (la session d’automne) pour décider de l’avenir de cet espace. Si je vois que je suis incapable de l’alimenter de manière satisfaisante, je mettrai probablement la hache dedans. Autrement, il continuera tant et aussi longtemps que je trouverai l’exercice intéressant.