« Villes en photographies : Les usages de la photographie en histoire urbaine »

Dans l’esprit de mon article récent sur les sources iconographiques, voici un appel de communication qui tombe à point.

Chers collègues,
Je vous prie de trouver ci-dessous l’appel à projet pour les journées d’étude 2013 de la SFHU. Compte tenu des délais très courts, merci de bien vouloir faire circuler cet appel auprès des collègues susceptibles d’être intéressés.

Société Française d’Histoire Urbaine
Journées d’étude
« Villes en photographies : Les usages de la photographie en histoire urbaine »
Jeudi 17 et vendredi 18 janvier 2013

Les journées annuelles d’étude de la SFHU, qui se tiendront les 17 et 18 janvier 2013 à l’Université Paris-Est Marne la Vallée, seront l’occasion d’interroger la place qu’occupe la photographie dans le champ de l’histoire urbaine.

Dès ses débuts, elle s’est imposée comme une source documentaire de premier plan, ce dont témoignent l’ampleur et la diversité des fonds photographiques documentant l’espace urbain. Les historiens de la ville, quelles que soient leurs périodes et leurs spécialités, y ont donc recours comme un outil de lecture des paysages urbains anciens et actuels. Le medium photographique est également mobilisé pour la collecte de données par les autres acteurs de la recherche urbaine – qu’ils soient archéologues, urbanistes, anthropologues, sociologues ou géographes.

Il est utile de proposer un état des lieux concernant les usages multiples du document photographique par les historiens et les autres spécialistes de l’urbain.

Les propositions de communication (en 2000 signes) devront parvenir avant le 10 décembre 2012 à sfhu@univ-paris-est.fr

Le comité scientifique examinera les propositions et les réponses seront données le 15 décembre.

Comité scientifique :
– Juliette Aubrun, Université de Versailles Saint-Quentin
– Thierry Bonzon, Université Paris-Est Marne la Vallée
– Laurent Coudroy de Lille, Université Paris-Est Créteil
– Jean-Pierre Guilhembet, Université Denis Diderot Paris 7
– Denis Menjot, Université Lumière Lyon 2
– Frédéric Moret, Université Paris-Est Marne la Vallée
– Mélanie Traversier, Université Lille 3

Frédéric Moret
Professeur d’Histoire contemporaine
Vice-Président de l’Université Paris-Est Marne La Vallée
http://acp.univ-mlv.fr/lequipe/frederic-moret/
http://acp.univ-mlv.fr

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La biographie (de Papineau), l’individu et l’histoire

J’ai récemment eu le plaisir de lire le petit essai d’Yvan Lamonde et Jonathan Livernois, Papineau. Erreur sur la personne. Heureux hasard, et il s’agit bien d’un hasard, mon séminaire de cette semaine traite de la place de l’individu dans la production de l’histoire, du statut des biographies, qu’elles soient individuelles ou collectives. L’ouvrage de Lamonde et Livernois n’est évidemment pas une biographie du célèbre patriote, mais une réflexion éclairante sur les récupérations politiques du personnage.
Au fil des pages, les auteurs se demandent toutefois où est cette biographie de Papineau qui permettrait, notamment, de dissiper un certain nombre de malentendus sur le personnage. Pourquoi n’a-t-elle pas été écrite? Le personnage est bien connu, occupe indéniablement une place de choix dans l’histoire du Québec et a laissé derrière lui une quantité considérable de documents (dont une bonne partie est éditée). Ajoutons, et ce n’est pas rien, qu’un tel ouvrage se vendrait bien. Ce n’est pas la première fois que la question est soulevée et elle permet certainement d’ouvrir la porte sur une discussion sur la place de la biographie en histoire (québécoise).

Source: http://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/livres/papineau-2249.html

Mentionnons d’ailleurs que la Revue d’histoire de l’Amérique française a consacré, il y a quelques années, un dossier intéressant sur le sujet, dossier qui permettait de mesurer l’inconfort que soulevait la démarche biographique chez les historiens patentés du Québec (ce qu’a d’ailleurs noté Claire Dolan dans son intervention dans le dit dossier).

Enfin, pour donner aux étudiants un bref aperçu des différents tons de la biographie au Québec, hier et aujourd’hui, je me suis muni d’un solide quatuor d’ouvrages:

  • Papineau, de Robert Rumilly (1944)
  • Duplessis, de Conrad Black (1977)
  • Jacques Parizeau, de Pierre Duchesne (2001)
  • Éva Circé-Côté, d’Andrée Lévesque (2010)

De plus, je leur ai fait lire l’article classique de Lawrence Stone sur la prosopographie, celui de Giovanni Levi sur les usages de la biographie et un extrait de l’ouvrage d’Andrée Lévesque consacré à Jeanne Corbin. On verra si je peux en convaincre un de s’attaquer à l’illustre patriote…

Les banlieues (bourgeoises) de Montréal face à la métropole

Dans Le Devoir de ce matin, Peter Trent, le maire de Westmount, publie un extrait du livre qu’il s’apprête à faire paraître dans les deux langues officielles. Intitulé The Merger Delusion, How Swallowing Its Suburbs Made an Even Bigger Mess of Montreal, l’ouvrage contiendra très certainement une critique en règle (et passablement volumineuse à 700 pages!) du fiasco que représentent les réformes municipales entreprises à l’échelle du Québec en 2001 et qui se sont terminées, dans le cas de Montréal du moins, par un compromis bancal et dysfonctionnel. J’ai entendu à plusieurs reprises M. Trent débattre durant la longue saga des fusions/défusions municipales et, si je ne partage pas toutes ses idées sur la saine gouvernance de la région métropolitaine, je dois reconnaître qu’il est un observateur avisé de la scène municipale montréalaise (c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai accepté de produire une recension de l’ouvrage en question).

Source: http://www.ledevoir.com/politique/montreal/363732/la-fusion-a-propage-le-virus-de-la-corruption

Dans son texte, M. Trent y va d’une défense passablement généreuse du maire Tremblay et en vient à cette affirmation:

Si la mégaville avait vraiment été créée par des fusions, c’est-à-dire, par l’union de partenaires égaux, le penchant de Montréal pour la corruption aurait pu s’estomper ou tout au moins être amoindri. Mais la mégaville a été créée par une annexion : aussi, ce sont les méthodes, l’administration et la moralité de l’ancienne ville de Montréal qui sont devenues la norme. La corruption s’est diffusée à partir d’une source bien enracinée.

Avec ces quelques lignes, le maire de Westmount s’inscrit dans une longue tradition. L’histoire des relations ville-banlieues à Montréal permet d’observer l’étonnante constance de l’argumentaire des banlieues cossues de l’île face à la question de la gouvernance métropolitaine de la région. Ce discours a plus souvent qu’autrement été porté par la mairie de Westmount, qui fait figure de porte-étendard des banlieues de l’île.

Ainsi, l’administration municipale de Westmount joue un rôle important dans les débats qui mènent à la mise sur pied d’une première structure de gouvernance métropolitaine à Montréal en 1921. La Commission métropolitaine de Montréal (CMM) exerce un contrôle financier sur les municipalités du centre de l’île, contrôle dont est exempté Montréal. Il est toutefois clair que le processus ne s’arrêtera pas là et, dans les années qui suivent, plusieurs acteurs des banlieues de la première couronne de Montréal font la promotion d’un système fédéral de gouvernement de l’île de Montréal. Si les représentants des banlieues espèrent maintenir leur autonomie sur les questions locales, ils croient aussi favoriser le développement de la région métropolitaine en s’efforçant de mettre un joug administratif sur un gouvernement municipal central qu’ils estiment être une cause importante des problèmes auxquels continue de faire face Montréal. Le système mis de l’avant reprend, dans ses grandes lignes, celui mis en place à Londres en 1888. Il s’agit d’un régime à deux paliers, constitué d’un conseil central et d’arrondissements qui correspondraient plus au moins au découpage municipal de l’île de Montréal. Les conseils d’arrondissement bénéficieraient d’une autonomie complète en ce qui concerne les affaires purement locales, mais leurs finances seraient supervisées par le conseil central. Ce dernier administrerait les dossiers métropolitains et ses finances seraient, à leur tour, supervisées par le gouvernement du Québec.

Ce qui est significatif dans la façon dont ce système est présenté, est l’omniprésence d’éléments faisant écho aux pratiques et aux discours que l’on observe, au même moment, dans les banlieues de l’île. On y sent clairement leur empreinte et leur influence. Les intervenants reviennent fréquemment sur le fait que c’est la taille de Montréal même, comme entité politique, qui tue tout esprit civique et qui nourrit inefficacité et corruption dans la ville. À l’opposé, comme l’explique le maire d’Outremont, Joseph Beaubien, lors d’une conférence :

the reason that the smaller independent communities in the vicinity of Montreal, such as Outremont and Westmount, were so much more efficiently administered, was due to the fact that civic management as it related to the minor routine of hiring and discharging employees, and clerical and other petty tasks, in the case of the smaller communities referred to was effected by civic staff clerks employed for just this purpose. As a result suburbs were much more efficiently managed. […] Men in the suburbs were easily elected to office. There was not the tremendous preliminaries and initiatives prior to elections as there most certainly was in the larger cities. A candidate was selected with ease and without fuss and simply ran for election at a minimum of expense to all (The Weekly Examiner, le 5 juin 1930, p. 1).

C’est tout le contraire dans les grandes villes, où l’on retrouverait « the pernicious influences of party ties, that obstructed the work of general progress, and restricted what might otherwise be the reform activities of a candidate once elected ». Comme le résume un des documents produits en 1928 pour faire la promotion de ce régime et où l’on énumère les raisons pour lesquelles les hommes d’affaires de Montréal devraient l’appuyer: « it provides the opportunity for every district in the city to be administered equally as well as either Westmount or Outremont ».

Ce que proposent les promoteurs du système des boroughs est donc ni plus ni moins qu’une métropolisation à la suburbaine : c’est-à-dire qu’ils favorisent la mise sur pied d’un gouvernement régional qui s’inspirerait d’une culture et de pratiques politiques observées dans les banlieues de l’île et qui se traduirait par un démantèlement du monstre que serait la ville centrale.

Les discours identitaires émanant des banlieues durant la première moitié du 20e siècle sont d’ailleurs très explicites à ce sujet. Lorsqu’on examine les journaux locaux, les discours de politiciens suburbains ou les ouvrages de différents types consacrés à ces communautés, les discours critiques à l’endroit de la ville centrale sont légion, l’attaquant sur tous les fronts en recyclant souvent le discours et les arguments utilisés ailleurs. Ces discours permettent non seulement à ces banlieues de renforcer, par la négative, ce en quoi elles se distinguent, mais aussi de justifier l’exode suburbain qui se poursuit tout au long de l’entre-deux-guerres.

Aux yeux des banlieusards, mais surtout de leurs gouvernants, Montréal, c’est d’abord une administration municipale corrompue et incompétente, un problème qui serait le principal moteur de l’exode vers la banlieue si on se fit à William D. Lighthall, qui fut, entre autres choses, échevin et maire de Westmount :

the extravagance which for some years distinguished the municipal government of Montreal drove many to seek relief outside from excessive taxation and other objectionable conditions within the city. Montreal, in fact, is encircled by a number of municipalities which have preferred to remain outside its sphere although their borders are contiguous with it (Lighthall, 1907).

Bref, de Lighthall à Trent, il y a un besoin chez les acteurs politiques des banlieues autonomes de Montréal de justifier leur existence continue, comme entités politiques (relativement) indépendantes, par une critique assez féroce de l’administration municipale montréalaise et de toute forme de gouvernement métropolitain qui lui laisserait les coudées franches. Quant à déterminer dans quelle mesures leurs critiques sont justifiées…

Villes anciennes, villes contemporaines

Quelle pertinence ont les villes anciennes pour l’étude des villes contemporaines? C’est la question, fort intéressante, à laquelle s’attaque l’anthropologue Michael E. Smith (Arizona State University), qui donnera aujourd’hui une conférence sur le sujet à l’Université de Toronto.

http://www.anthropology.utoronto.ca/news-amp-events/events/Smith%20Flyer.pdf

La question est non seulement intéressante d’un point de vue urbanistique, mais également d’un point de vue méthodologique, puisqu’elle pousse jusqu’à sa limite la question de la pertinence et de la validité de l’approche comparative, que l’on réserve généralement à des phénomènes ou des objets plus rapprochés dans le temps que, par exemple, Cahokia et Baltimore.

Une image, des mots

Cette session, j’ai le plaisir de donner pour la première fois notre séminaire obligatoire de méthodologie pour les étudiants à la maîtrise. C’est une expérience jusqu’à maintenant très intéressante et sur laquelle j’espère avoir le temps de revenir régulièrement ici. Deux trames s’y mêlent: une série de séances sur les aspects plus pratiques de la mise sur pied d’un projet de recherche; une autre consacrée à un certain nombre d’approches et de méthodes. Ces séances, plus thématiques, permettent de discuter plus largement de certains aspects méthodologiques de la recherche historique.

Il y a deux semaines, nous avons abordé la première de ces grandes questions méthodologiques: l’utilisation des sources iconographiques.
L’actualité m’a permis d’ouvrir la séance sur une petite controverse qui permet de mettre en relief certaines des problématiques relatives à l’utilisation de ces sources.

« VJ Day in Times Square », photo de Alfred Eisenstaedt, 14 août 1945

Cette photo d’Alfred Eisenstaedt, prise en août 1945 à la conclusion de la Seconde Guerre mondiale et publiée dans le magazine Life, est rapidement devenue l’incarnation même de la joie, de l’ivresse et du soulagement entourant la fin du conflit aux États-Unis. La question de l’identité du marin et de l’infirmière qui y figurent a fait l’objet de recherches et de démarches rocambolesques, qui se sont conclues par la quasi-certitude qu’il s’agit de Greta Zimmer Friedman et George Mendonsa. La photo est devenue objet de controverse lorsque, dans une entrevue récente, le récit des événements entourant le fameux baiser a permis de confirmer que Friedman et Mendonsa ne se connaissaient pas (dans les mots de Mendonsa: « The excitement of the war being over, plus I had a few drinks. So when I saw the nurse, I grabbed her, and I kissed her. »). Le blogue féministe Crates and Ribbons a été le premier, à ma connaissance, à suggérer que cette photo, loin de mettre en scène un moment d’un grand romantisme, représentait plutôt une agression (« sexual assault by modern standards »).

Mon but, ici et dans le cours, ne fut pas d’explorer tous les tenants et aboutissants du débat qui a suivi (et se poursuit), mais d’illustrer comment les sources iconographiques, d’une part, peuvent être trompeuses et, d’autre part, comment la question du contexte est importante lorsque vient le moment de les analyser.

Pour explorer la question plus avant, je ne peux que recommander chaudement l’ouvrage de Peter Burke sur la question, Eyewitnessing. The Uses of Images as Historical Evidence, que nous avons d’ailleurs utilisé en classe. Burke y explore les grandes questions méthodologiques que soulève l’utilisation des sources iconographiques, explore certains des principaux domaines où elles brillent par leur pertinence (représentations du sacré, affrontements politiques, culture matérielle, représentations de l’autre et stéréotypes, mise en récit de l’événement) et offre ses propres pistes quant au cadre d’analyse à privilégier. L’ouvrage regorge d’ailleurs d’exemples parlant sur la question, par exemple cette peinture de Titien intitulée Amour sacré et amour profane.

Titien, Amour sacré et amour profane (1515)

Les deux femmes qui y sont mises en scène incarnent, comme le titre l’indique, l’amour sacré et l’amour profane. Au fil des siècles, selon les publics et les valeurs culturelles en vogue, la nudité de la femme de droite, incarnant à l’origine le sacré, en est venue à prendre le sens contraire, illustrant bien comment, si une image vaut effectivement mille mots, une mise en contexte rigoureuse et la plus grande prudence s’imposent lorsque vient le moment de les choisir.

L’article « The Surrender of Montreal to General Amherst de Francis Hayman et l’identité impériale britannique », publié dans Mens en 2011 et abondamment illustré, a permis aux étudiants de faire une analyse critique d’une étude s’appuyant en bonne partie sur de l’iconographie.

Cette semaine, nous poursuivons dans cette veine, avec une séance consacrée à la narration et au récit historique.

Les émotions et la ville

Je me permets de diffuser ici un appel à contribution d’un ami et collègue historien, sur une thématique particulièrement populaire en histoire urbaine par les temps qui courent.

La Revue d’histoire urbaine sollicite des propositions d’articles pour un numéro spécial sur le thème des « émotions et la ville » à paraître dans sa livraison du printemps 2014.

Longtemps négligées par une discipline qui tend à privilégier l’objectif et le vérifiable sur l’intime et l’éphémère, les émotions attirent néanmoins de plus en plus le regard des historiens.  Les émotions sont au cœur de l’existence humaine, et les chercheurs soulignent la manière dont elles façonnent les identités, nourrissent les valeurs et les croyances et gouvernent les relations sociales.  Mais si les émotions émanent du for intérieur de l’individu, c’est surtout sur le contexte social et culturel dans lequel elles sont vécues que s’est penchée cette historiographie.  Les sensations de joie ou de tristesse, de colère ou de bonheur varient selon les époques et les cultures, et à ce titre méritent d’être historicisées.

Si cette historiographie a jusqu’ici posé ces questions d’une foule de lieux et de périodes, il lui manque toujours un regard soutenu sur les spécificités de la vie émotive des villes.  L’objectif de ce numéro spécial de la Revue d’histoire urbaine est d’examiner la façon dont les environnements urbains suscitent leurs propres ensembles d’expériences émotives.  De tous temps, les commentateurs se sont servis d’un langage profondément émotif pour louanger ou condamner la ville tandis que les citadins ont eu à composer avec une multitude d’émotions positives et négatives générées par les réalités de la vie dans ces milieux denses et animés.  Comment ces expériences émotives ont-elles façonné les attitudes envers et les savoirs de la ville?  Et comment peut-on placer la diversité d’émotions présentes dans les sources au centre de l’analyse afin de jeter un nouvel éclairage sur les enjeux profondément subjectifs de la vie dans ces milieux des plus publics?

Je vous invite à consulter le site de la revue pour lire la suite et avoir les détails sur la soumission de contributions.

Lendemains de grève

Voilà qui n’est probablement pas un très bon présage, mais la publication de ce second article a été passablement retardée par les répercussions de la grève étudiantes du printemps dernier, qui continuent et qui continueront à se faire sentir dans les mois qui viennent. En conséquence, à la charge de travail traditionnellement associée à la rentrée se sont ajoutées les corrections de l’hiver dernier, qui avaient elles-mêmes été retardées par la préparation d’articles et de demandes de subvention qui ponctuent la saison estivale. Bref, les corrections sont terminées et la session entamée.

Les médias ont traité de l’impact de la grève sur le moral et l’énergie du corps étudiant, et cet impact s’est certainement fait sentir lors des corrections. Toutefois, plutôt que d’observer une baisse générale des résultats, j’ai surtout perçu une polarisation au niveau des résultats scolaires. Les étudiants dont la situation était déjà précaire ont généralement été incapables de rattraper ce retard, alors que les premiers de classe ont continué à performer.

J’avouerai également qu’à mon grand soulagement, la grande majorité des étudiants qui participaient à mon séminaire sur l’histoire des revues d’idées et d’essais au Québec (1917-2012) ont produit d’excellents travaux. Je me permets d’en mentionner quelques-uns:

  • Une étudiante a produit une excellente étude des Pamphlets de Valdombre de Claude-Henri Grignon, se concentrant sur trois thématiques (le duplessisme, les femmes et la nation canadienne-française) pour faire ressortir la pensée politique de cet intellectuel iconoclaste surtout connu pour Un homme et son péché. Il va sans dire que les citations savoureuses ne manquaient pas.
  • Deux étudiants ont tourné leur attention vers La Vie en Rose, célèbre revue féministe qui paraît entre 1980 et 1987, et ont mis en relief, dans le premier cas, la façon dont les collaboratrices de la revue interprètent l’histoire du féminisme entre les années 1940 et 1980, et dans le second, la façon dont la revue analyse le débat sur le droit à l’avortement. Les deux travaux permettent de mettre en lumière la diversité et la complexité des idées et débats qui traversent les pages de la revue.
  • Une étudiante a procédé à une analyse comparative des revues L’Action nationale et Parti pris de 1963 à 1966, s’intéressant au rôle qu’attribuent à l’État les collaborateurs des deux revues durant cette période mouvementée. Malgré des prémisses idéologiques très différentes, elle démontre que ces deux équipes observent avec méfiance les réformes entreprises par le gouvernement Lesage et son « équipe du tonnerre ».
  • La revue anarchiste Le Q-Lotté a fait l’objet d’une recherche s’inspirant du cadre chronologique proposé par Andrée Fortin dans son étude sur les revues québécoises et a permis de faire ressortir le caractère postmoderne (ou moderne avancé) de la revue, qui se veut une rupture brutale avec les utopies de la « génération lyrique ».
  • Un autre étudiant s’est penché sur La Cognée, organe du Front de libération du Québec, et a permis de faire ressortir la relation plus qu’ambiguë que le groupe entretenait dans ses écrits avec le marxisme et quelle était sa lecture de l’histoire du Québec.
  • Enfin, un texte fouillé a permis de faire ressortir l’évolution, sur plus de quatre décennies, de la façon qu’avait la revue jésuite Relations de couvrir les enjeux internationaux.

Bref, corriger ces travaux a été une bonne façon de compléter mon propre rattrapage.

La grève étudiante laissera également son empreinte sur le prochain congrès de l’Institut d’histoire de l’Amérique française dans le cadre d’un événement intitulé « Regards croisés sur les mobilisations étudiantes » et auquel je vous invite évidemment à participer!